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Palmarès et bilan économique
2008 : Année noire pour les entreprises ?Dixit 2008-2009
![]() « Sur les dix dernières années, nous n’avons rien connu de similaire. » Pour Christophe Plee, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), le constat est sans appel : 2008 a été une année difficile. « On avait annoncé au début de l’année une inflation de 5% pour 2008… On l’a atteinte. N’ayant pas su l’anticiper de manière sereine, on l’a subie de plein fouet. Parallèlement, l’instabilité politique depuis 2004 a entraîné un véritable décalage entre le discours politique - les mesures électoralistes - et la réalité économique : nous avons dû faire face en 2008 à une nouvelle augmentation du SMIG de 3,79 % ( +1 % d’ancienneté pour certains salariés, soit 4,79 % de hausse ! voir graphique) et parallèlement à une baisse de 47%de l’aide du DARSE1 au 1er septembre. Cela a été violent pour certaines entreprises, qui ont eu du mal à absorber ces deux mesures, puis l’augmentation presque concomitante du prix de l’électricité, du carburant... Sans compter les difficultés propres à chaque société. » Même analyse du Conseil des entreprises de Polynésie française (CEPF) : pour son président Bruno Bellanger, « L’instabilité politique a entraîné une inertie dans la prise de décisions du gouvernement, une érosion de notre socle économique, conjuguées à un contexte économique mondial difficile. À fin juillet 2008, l’inflation sur 12 mois a atteint 3,7 %, ce qui a mécaniquement entraîné une revalorisation du SMIG. Malheureusement, au lieu de mettre en place des aides directes sur les salaires pour éviter que cette nouvelle augmentation ne surenchérisse le coût du travail, le gouvernement a encore pris directement sur des fonds destinés à l'origine aux entreprises en retirant 250 millions de Fcfp du DARSE. » ABSTRACT : ALORS QU’EN 2008, LES SOCIÉTÉS ONT CONNU DE NOMBREUSES DIFFICULTÉS, LE PIRE RESTE ENCORE À VENIR SELON PLUSIEURS ANALYSTES. SI LES CHIFFRES DES REDRESSEMENTS ET LIQUIDATIONS JUDICIAIRES AINSI QUE DES LICENCIEMENTS ÉCONOMIQUES SONT RESTÉS STABLES, D’AUTRES INDICATEURS TRADUISENT UNE CONJONCTURE ASSEZ SOMBRE. COMMENT LES ENTREPRISES VIVENT-ELLES LA CRISE ? PANORAMA DES PETITES ET GRANDES MESURES PRISES - MAIS SURTOUT ATTENDUES - POUR TENTER D’ENRAYER LE DÉCLIN DE L’ÉCONOMIE LOCALE.
Décalage dans les statistiques![]() Paradoxalement, l’ampleur des difficultés
des entreprises ne s’est pas traduite de
manière franche dans les statistiques.Alors
que la rumeur a répandu l’idée d’une disparition
en chaîne d’entreprises de la place,
le Tribunal mixte de commerce de Papeete
comptabilisait au mois de septembre 2008
un nombre de redressements ou de liquidations
judiciaires stable par rapport aux
années précédentes. 170 nouvelles procédures
collectives ont ainsi été ouvertes au
tribunal entre janvier et août 2008, contre
216 sur la même période en 2007 (avec
une moyenne de 189 affaires nouvelles par
an entre 2004 et 2007).Parmi ces 170 procédures
: 49 ont concerné
un redressement judiciaire
(contre 51 en 2007 et 46 en
moyenne sur 2004-2007) ;
29 une liquidation judiciaire
d’office (32 en 2007 et 22 en
moyenne sur 2004-2007) ;
37 une liquidation judiciaire à l’issue d’un
redressement judiciaire (contre 59 en 2007
et 45 en moyenne sur 2004-2007).
« Mais attention, précise Bernard
Fouqueré, président du Tribunal mixte de
commerce de Papeete, il y a toujours un
décalage entre les difficultés économiques
d’une entreprise et la saisine du
tribunal. Et ce, pour plusieurs raisons.
Premièrement : le redressement judiciaire
est une mesure de sauvegarde, mais qui
est perçue par les entreprises comme une
catastrophe économique et financière,
cela signe un échec. Les dirigeants ont
donc tendance à retarder le déclenchement
de la procédure d’autant qu’ils ne
voient pas en quoi le Tribunal de commerce
peut les aider. Deuxième raison : si
en 2008 il n’y a pas eu plus de dépôts de
bilan que les années précédentes, c’est
notamment parce que les entreprises, et
surtout les plus importantes, vivent sur
leurs réserves et font le gros dos en attendant
une éventuelle reprise. Je suis
davantage préoccupé par les Sociétés
d’économie mixtes (SEM) qui sont globalement
déficitaires. Des procédures d’alerte
ont été déclarées pour un certain
nombre d’entre elles... » Première SEM
touchée : le GIE Perles de Tahiti, en liquidation
judiciaire fin novembre 2008. Procédures collectives : quand et comment ?
L’état de cessation de paiements -c’està-
dire quand le débiteur ne peut faire face
au passif exigible avec son actif disponible -
entraîne l’ouverture d’une procédure collective
auprès du Tribunal mixte de commerce.
Concrètement, la société se trouvant
dans l'impossibilité de payer ses dettes
doit, dans les 45 jours qui suivent, faire une
déclaration de cessation de paiement au
greffe du tribunal de commerce. En fonction
des documents comptables remis et
des explications du dirigeant, le tribunal
peut prononcer la « liquidation judiciaire
d’office » d’une entreprise. Mais usuellement
il décide l'ouverture d'une « procédure
de redressement judiciaire » avec
une période d'observation. Cette dernière,
de 3 à 6 mois, est assortie de la nomination
éventuelle d'un administrateur judiciaire
chargé de contrôler la gestion, d'évaluer le
passif et l'actif de la société et de répertorier
les créanciers et débiteurs. L'administrateur
assiste le dirigeant pendant cette période,
mais le dirigeant reste en charge du fonctionnement
quotidien de l'activité. Une fois
le jugement prononcé, les dettes antérieures
sont « gelées » jusqu'à la présentation
du rapport de l'administrateur judiciaire
auprès du Tribunal. Ce décalage entre la réalité et les statistiques est à prendre en compte pour mesurer l’ampleur de la crise
La variation du nombre de licenciements économiques n’est pas non plus significative. Même si en 2008, les mini plans sociaux de Wan et Sheraton ont fait couler beaucoup d’encre, selon les chiffres de l’Inspection du Travail, 110 licenciements de salariés pour motifs économiques ont été prononcés pour 58 procédures ouvertes (chiffres arrêtés à septembre). Et en 2007, 500 licenciements de salariés (dont 331 dans la même entreprise pour fin de chantier) pour 64 procédures. Soit une moyenne de plus de 41 licenciements par mois en 2007 contre une douzaine par mois en 2008. Mais là encore, les chiffres sont trompeurs. « Toutes les entreprises ne nous déclarent pas leurs licenciements, explique Hervé de Gaillande, Directeur du travail. Par négligence ou volontairement, car un licenciement économique empêche de bénéficier des aides du SEFI pendant un an. Certaines poussent également les salariés à la démission pour éviter le licenciement économique… ». Une autre donnée peut masquer la réalité : avant de licencier, de nombreuses entreprises essayent d’abord de diminuer leurs charges en appliquant des mesures de temps partiel. Un bon indicateur semble donc être le nombre d’heures de travail déclarées à la CPS. Mais au moment de la rédaction de cet article, les seules statistiques disponibles s’arrêtaient à mai et n’étaient pas probantes. La tendance était plutôt à une hausse de la durée moyenne du temps de travail mensuelle : 148,4 heures en 2007 (de janvier à mai) ; 149h en 2008 sur la même période. Parmi les explications possibles : les entreprises, au lieu d’effectuer de nouvelles embauches, ont eu davantage recours aux heures supplémentaires ; le mouvement général de restructuration des effectifs, initié plutôt au second semestre, pourrait se traduire dans les prochaines statistiques. 2009 : la partie immergée de l’iceberg ?Ce décalage entre la réalité et les statistiques
est donc à prendre en compte pour
mesurer l’ampleur de la crise et le fait que
rien n’augure des perspectives plus réjouissantes
pour 2009. « Analyser des données
à l’instant « t » n’est pas forcément objectif
ni significatif, il faut avoir un peu de recul,
confirme Abner Guilloux, directeur général
de la CCISM. Je remarque pour ma part un
certain nombre de signes. Quand une
grosse société de la place qui fait des milliards
de chiffre d’affaires dit que pour la
première fois en 50 ans elle connaît en
2008 une baisse en volume, cela m’interpelle.
Il y a davantage d’épargne, moins de
consommation et moins d’investissement…
c’est également révélateur. On dit
aussi « Quand le bâtiment va, tout va. »
Effectivement, les professionnels du secteur
s’en sortent à peu près en 2008, ils
ont des chantiers en cours. Mais après ?
Quelles commandes, quelle visibilité ?
Prenez les architectes, la majorité ne dit
pas « on est content », au contraire… À mon avis, les conséquences réelles de la
situation de 2008 ne se feront sentir qu’en
2009. Les entreprises vont continuer à « manger » leurs réserves et risquent de se
trouver en grande difficulté, surtout si elles
ne réagissent pas suffisamment tôt. La
conjonction de ces différents facteurs ajoutée
à un contexte mondial morose, doit
s’analyser aussi avec des perspectives qui
vont contribuer à altérer l’économie dans
les prochaines années : le départ des militaires,
la réorganisation des retraites
Outre-mer… Tout cela fait que ce qui nous
attend n’est, à mon avis, pas très réjouissant.
Il faut être réaliste : les beaux jours
sont derrière nous. Il faut envisager des
années de vaches maigres, se serrer la ceinture
et réfléchir à ce que l’on peut
faire… » Gilles Yau (FGC) est également
inquiet de ce « retrait » de l’État : « Notre
socle économique repose sur la consommation
des ménages, dont le niveau va
être remis en cause au niveau des transferts
de l’État : départ programmé des
forces armées, baisse de l’enveloppe du
Contrat de projets, réforme de l’ITR surtout.
Car la deuxième ressource du Pays, il
ne faut pas l’oublier, ce sont les retraités.
Annoncer cette mesure ici c’est comme si
l’on disait subitement aux retraités de la
Côte d’Azur : stop, ne venez plus. Cela
aura un impact certain sur l’ensemble de
notre activité économique. »
Clignotants au rouge Évolution
de l’emploi salarié en 2008
Source : CPS / ISPF Max Remblin, directeur de l’IEOM, replace
le débat sur le plan local : « On peut subir
les effets de la crise économique internationale
dans la mesure où nous avons des
relations commerciales avec l’extérieur.
Mais à la base, nous avions déjà une baisse
d’activités sur le plan local avec des secteurs
très mal orientés en 2008, voire
même avant. »
Petites et grandes mesures publiquesPour tenter de conjurer les effets de la crise
financière mondiale, l’État a décidé de
rendre applicables à l’Outre-mer les
mesures d’urgence préconisées dans
l’Hexagone, dont la baisse au 14 octobre
2008 du taux de réescompte des crédits
aux entreprises de 3 % à 2,75% : « Cela
offre la possibilité aux banques de la place
de se refinancer à moindre coût auprès de
l’IEOM, explique Max Remblin. Mais à
condition que les taux de sortie des crédits
qu’elles consentent ensuite à la clientèle
n’excèdent pas 5,5%».
Pouvoir d’achat et coût de la vie : le gouvernement s’engage sur deux mesures phares
* Source : ministère de l’Economie et du Pacte social De son côté, le gouvernement local a tenté
de relancer l’économie en continuant de
soutenir la commande publique dès le
second trimestre. En septembre 2008, la
commission consultative des marchés
publics a ainsi émis un avis favorable à une
dizaine de nouveaux projets pour un investissement
total de 1,793 milliards de Fcfp.
Des avenants ont également été adoptés
pour 132,5 millions Fcfp. Au total, treize entreprises locales doivent bénéficier de ces
travaux. Parmi les dossiers approuvés : la
réhabilitation des internats du collège de
Rurutu (116 millions de Fcfp), les travaux
d'aménagement des giratoires de la Pointe
Vénus (9,5 millions de Fcfp) et du col du
Taharaa, (682 millions de Fcfp)… Soit entre
avril et septembre 2008, plus de 8 milliards
de Fcfp de commande publique approuvés.
Autre mesure prise par le gouvernement,
cette fois pour soutenir le pouvoir d’achat :
la baisse de la TVA au 1er septembre de
6 % à 5 %. Une première étape puisque
l’objectif initial affiché sur deux ans est de
réduire ce taux à 4 %. Deux autres mesures
sont également à l’étude sur le transport et
l’énergie (voir encadré). Dans l’attente d’un véritable « Plan Marshall»Si globalement le patronat salue ces efforts,
il estime qu’il faut aller encore plus loin.
Pour Bruno Bellanger (CEPF) « Il manque
un point central : en amont de la relance
des investissements, il n’y a pas de soutien
direct à l’exploitation des sociétés, de
mesures pour faire baisser les charges.
Quant à réduire le train de vie du gouvernement
cela me paraît essentiel, mais cela
devra, dans le même temps, s’accompagner
d’un gel des salaires du privé. Tant
qu’il n’y aura pas de plan d’ensemble pour
baisser le coût du travail, on sera dans le
cercle vicieux hausse du coût du
travail/hausse des prix. » Mesures préconisées
: des exonérations de charges sociales,
totales ou partielles et des aides directes
par secteurs d’activités. Gilles Yau (FGC)
partage cette idée :« Bien que son application
soit timide et qu’il soit nécessaire d’attendre
plusieurs années pour voir ses effets
dans le budget, notre demande de réduire
le train de vie du gouvernement a été
entendue. Par contre, cela fait plusieurs
années que nous soulevons le problème
du poids des prélèvements obligatoires qui
pèse sur les entreprises. Je ne suis pas d’un
naturel pessimiste, mais aujourd’hui, objectivement,
rien ne laisse entrevoir de réelles
actions. On y réfléchit, on se réunit en ateliers…
c’est tout. Face à une situation
financière particulièrement dégradée, une
seule solution pour notre secteur : maintenir
une aide spécifique au commerce, premier
employeur du secteur privé du Pays,
avec 10 349 salariés en juillet 2008. Enfin, il
n’y a pas aujourd’hui de plan d’ensemble
créant les conditions favorables permettant
aux chefs d’entreprises de créer de
l’activité et des emplois, assurant la reprise
de l’économie. »
Évolution de l’indice des prix à la consommation
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