samedi 04 février 2012
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Culture & Société

Infrastructures scolaires:

Dixit 2008-2009
à l'école de la disparité


Si certains ont la chance de fréquenter des établissements pimpants jouissant d’un environnement propice à une scolarité épanouie, d’autres en revanche doivent se contenter d’infrastructures peu reluisantes voire vétustes, en particulier au sein des internats. l’enveloppe financière allouée par l’état, bien que conséquente, se heurte à l’ampleur des besoins en matière de rénovation et d’extension, notamment dans le secondaire où la population scolaire est en augmentation.

 

 

À la rentrée scolaire 2008-2009, ils étaient, pour le seul secteur public, 42 000 enfants dans le primaire et 26 000 dans le secondaire à fréquenter un établissement. Sur un territoire vaste comme l’Europe, la dispersion des élèves est un vrai casse-tête pour les autorités. Or, bien que la majeure partie (80 %) soit scolarisée dans les Iles du Vent, le service public est néanmoins assuré, pour le primaire, dans les cinq archipels, grâce à un maillage permettant à presque toutes les îles habitées d’avoir une école ou au moins une classe ouverte. Il en est ainsi dans les vallées reculées des Marquises ou dans certaines îles des Tuamotu où la population scolaire se résume à une poignée d’élèves! De même, la densité scolaire (ratio élèves/professeurs) s’avère globalement satisfaisante. Depuis une quinzaine d’années, rares sont les inaugurations de nouvelles écoles primaires, nonobstant quelques cas, telle l’ouverture en 2008 d’une école sur l’atoll d’Arutua, aux Tuamotu. Cette situation a pour origine la stabilité des effectifs du premier degré qui tendent même à décroître légèrement, suivant en cela la diminution constante des naissances. Cette baisse des effectifs devrait se poursuivre dans les années à venir.

Les communes peinent à monter les dossiers

Pour autant, les besoins en matière de constructions scolaires seront-ils moindres dans les années à venir ? Il n’en est rien. Le territoire a et aura de «l’école sur la planche», avec de lourds investissements en perspective.
Pour les années 2005 et 2006 a été réservée une enveloppe globale de crédits de paiements nouveaux de plus de 3 milliards de Fcfp pour les investissements scolaires du premier degré. Les demandes de crédits formulées quant à elles par les collectivités pour cette même période s’établissent à hauteur de 5,2 milliards de Fcfp. En 2007, le budget s’est élevé à plus de 2,1 milliards de Fcfp. « Or, le recensement général des projets effectué par la DEP (entre fin 2005 et 2006) fait état d’un investissement total de plus de 12 milliards de Fcfp. Chaque année, les dossiers atteignent le double de notre budget », relève Gilbert Archier inspecteur adjoint à la DEP (Direction de l’Enseignement Primaire). En fait, il s’agit essentiellement de reconstructions car une partie du parc, composé d’écoles créées il y a plus de vingt ans (Tuamotu-Gambier) voire trente ou quarante, est vieillissante et obsolète.


La rénovation de certains internats doit donc
être une priorité absolue car c’est une
précondition à une scolarité réussie pour des
élèves psychologiquement plus fragiles du
fait de l’éloignement des familles

Les chantiers à mener concernent l’accueil (création, réfection de classes), la sécurité et l’hygiène (remise aux normes), le confort, les équipements (construction de cuisines, de préaux…).
Entre autres grosses opérations réalisées récemment : la livraison de la maternelle de Taravao (2007) et la reconstruction de celle de Hitimahana à Mahina (en cours). D’autres chantiers urgents sont également signalés à Makemo, Teavaro, Rikitea, Papara, Paea.
Dans les faits, se côtoient des écoles dotées d’infrastructures impeccables et confortables (Arue, Rapa…) et d’autres dont l’état laisse nettement à désirer, notamment dans les communes associées, a fortiori dans les plus éloignées (Tuamotu, Marquises…). Ainsi, à l’issue d’une mission de l’Inspection générale de l’éducation nationale sur le territoire (janvier 2007), les quatre inspecteurs qui se sont déplacés évoquent, dans leur rapport, de « très belles écoles, très bien construites, fort bien entretenues, avec un mobilier neuf et bien adapté, équipées de matériels informatiques les plus modernes et dotées d’installations sportives en parfait état de fonctionnement » (…). La mission a en revanche pu constater « le délabrement difficilement admissible d’autres écoles. L’état du mobilier y est désastreux, les installations sanitaires à peu près ruinées, les circuits électriques ne répondent plus depuis longtemps à quelques normes que ce soit, les toitures fuient et les cours de récréation se transforment en bourbier à la moindre ondée. Il semble qu’aucun investissement n’ait été fait dans ces écoles depuis des décennies », déplorent-ils.

Quelques chiffres

• La rentrée scolaire 2008-2009 a mobilisé quelque 70 000 élèves dont 42 000 relevant, dans le public, du secteur primaire et 26 000 du secondaire.
• 62 îles de la Polynésie française disposent d’au moins une classe primaire. • 18 îles sont dotées d’une structure d’enseignement secondaire. • On dénombre vingt-cinq collèges : 11 à Tahiti, 2 à Moorea, 5 dans les Iles-sous le vent, 2 aux Tuamotu, 3 aux Marquises et 2 aux Australes. S’y ajoutent 3 GOD (Groupements d’Observation Dispersés) et une quinzaine de CETAD (Centre d’Éducation aux Technologies Appropriées au Développement). • Il existe 11 lycées dont 2 d’enseignement général, 4 polyvalents, 4 professionnels et 1 hôtelier.

Infrastructures : qui gère quoi ?

L’autonomie importante de la Polynésie française dans le domaine éducatif se traduit par l’existence d’un ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dont la compétence s’étend de l’enseignement préélémentaire à l’enseignement supérieur en lycée. Ne reste à l’État que la gestion financière (il ne contrôle pas, mais « observe » l’utilisation des moyens), le respect des statuts (fonctionnaires mis à disposition), la garantie de la valeur nationale des diplômes, l’université et la recherche. Le cadre des relations État/Pays est régi par une convention «éducation» dont la dernière mouture a été signée le 4 avril 2007. Elle annule la précédente (en date du 19 juillet 1999) afin de prendre en compte le nouveau statut de la Polynésie française. Les crédits d’équipement (constructions, sécurité) au titre de la dotation de l’État s’élèvent pour 2007 à 1,2 milliards de Fcfp, auxquels viennent se greffer les ressources propres de la Polynésie (180 millions de Fcfp). Les constructions scolaires du premier degré constituent un domaine d’intervention commun aux trois acteurs : commune, État, Pays. Si les constructions et le fonctionnement relèvent de l’autorité communale, l’organisation de la carte scolaire (ouverture ou fermeture de classes, de postes et de moyens selon l’évolution des effectifs et des enseignements) est de la compétence du Pays. Depuis fin 2005 (décret du 20 décembre instituant le Comité des Finances Locales), l’entretien des locaux et des équipements scolaires dans le premier degré est désormais à la charge des communes et à la discrétion des conseils municipaux. Les constructions du deuxième degré sont de la compétence du Pays, les demandes de travaux en provenance des établissements étant gérées par le ministère de l’Éducation.

Dans nombre de cas, la dégradation des infrastructures et leur vieillissement prématuré ont pour origine un défaut d’entretien, lequel est du ressort des communes. Quel est le processus ? Toute demande de reconstruction ou de travaux effectuée par un directeur d’école doit être en principe adressée par la mairie à la DEP qui, après avoir recensé les dossiers en sa possession et établi un programme annuel par archipel, va soumettre le tout au ministère de l’Éducation. Les dossiers seront ensuite examinés par le CFL (Comité des Finances Locales) qui gère les fonds du FIP (Fonds Intercommunal de péréquation) affectés aux réparations courantes et à l’entretien sur la base du nombre de classes (autour de 220 000 Fcfp en moyenne par an pour une classe, hors gros travaux). L’efficacité de la gestion municipale est parfois mise en cause, certaines petites communes peinant à monter les dossiers. « À titre d’exemple, sur quarante-huit communes interrogées par nos services en septembre 2007, seules dix-neuf avaient répondu en mars 2008. Or, en l’absence de dossiers de demandes, les enveloppes du FIP ne sont pas débloquées. Parfois aussi, les sommes ont été allouées, mais les travaux n’ont toujours pas été engagés cinq ans après », constate André Mapuna, chargé de la division des constructions scolaires au sein de la DEP. Ces dysfonctionnements expliquent en partie (au-delà d’un possible clientélisme) les taux pour le moins surprenants, eu égard aux nombreuses priorités, de crédits non consommés.

« Depuis 2003, on a constaté un retard dans l’exécution des programmes de construction et donc une sous-consommation patente des crédits de paiements attribués. Depuis 2004, ce retard s’est accentué en raison d’une conjoncture politique particulière et de la mauvaise préparation des dossiers », souligne dans son rapport le CTCS (Comité Territorial des Constructions Scolaires).
En mai 2008, la consommation des crédits (pour le programme 2007) dépassait à peine les 40 % ; 60 % des opérations n’étaient pas encore engagées (source : DEP, bilan au 31 mai 2008).

 

Secondaire : l’offre est insuffisante

Contrairement aux effectifs du premier degré, la population du secondaire ne cesse d’augmenter, passant de 22 000 élèves recensés en 1991 à près de 34 000 en 2007-2008, dont 26 000 dans le secteur public. Parallèlement, le parc de lycées (plus d’une dizaine) et de collèges (26) présente une moyenne d’âge élevée, la palme de l’ancienneté revenant au lycée Gauguin, ouvert en 1946. Cinq établissements affichent plus de quarante ans de bons et loyaux services à leur actif (lycées d’ Uturoa et du Taaone, collèges de Papara, de Taravao et de Taiohae) et plus d’une quinzaine a entre 20 et 35 ans. Les moins de dix ans se comptent sur les doigts de la main : lycée tertiaire de Pirae, lycée hôtelier de Punaauia, lycée polyvalent de Papara, collèges d’Atunoa, de Hao et de Taunoa. Bien que des travaux soient régulièrement entrepris, nombre de structures sont désormais vétustes, obsolètes ou saturées.

« Nous avons des bâtiments à la limite des conditions de sécurité et d’hygiène », reconnaissait le président du gouvernement, Gaston Tong Sang, de retour de métropole en janvier 2007. Parmi les « mauvais élèves » où l’urgence se fait sentir, le collège de Bora Bora - sa propre municipalité -, dont l’état des locaux a fait réagir, fin 2007, les parents d’élèves qui ont organisé une journée de protestation « école déserte ». Construit il y a trente ans pour accueillir moins de 400 élèves, il en rassemble aujourd’hui 730.
À la Presqu’île, le besoin de nouveaux équipements se fait également sentir afin de soulager les structures existantes de Papara et de Taravao, tandis que les collèges de Faa’a, d’Afareaitu (700 élèves) et le lycée du Taaone (près de 5 000) sont arrivés à saturation. En 2007, le ministère de l’Éducation fait cependant état d’une vingtaine d’opérations d’investissement : dégagement de salles de classes supplémentaires (collèges de Bora Bora et de Papara), construction de bâtiments

collèges de Taravao, lycée Gauguin), réhabilitations (lycée d’Uturoa, collèges de Tahaa, de Hao), réalisation d’une station d’épuration (collège d’Afareaitu) et de blocs sanitaires (Faa’a)…

Néanmoins, aucun nouvel établissement n’a été créé en 2007-2008 et l’offre est devenue insuffisante. Les projets annoncés de collèges sont donc attendus avec impatience à Faa’a, Bora Bora, Teva I Uta (en cours), de même que celui d’un lycée professionnel à Papara. À plus long terme, la création d’un lycée à Moorea a également été évoquée, projet largement justifié par l’augmentation de la population de l’île soeur ces dernières années. Une perspective qui, comme souvent, peine cependant à se concrétiser, faute d’emprise foncière dégagée.

Les internats montrés du doigt

L’éclatement des îles polynésiennes sur une superficie de cinq millions de km2 soulève le problème de la densité des collèges et lycées. Face à l’impossibilité d’en implanter partout, force est de regrouper les élèves et donc de créer des internats, l’hébergement chez des correspondants n’étant pas toujours possible ni souhaitable (cas d’exploitation d’enfants par la famille d’accueil). On recense, en 2008, 28 internats accueillant près de 3 000 enfants, principalement dans le public (plus de 2 600). Huit sont situés à Tahiti (lycées de Papara, du Taaone, de Taravao, lycées professionnels Paul Gauguin et de Mahina, lycées tertiaire et hôtelier), ainsi qu’à Moorea (Afareaitu). Deux internats pour le secteur primaire subsistent aux Marquises. Cette situation devrait être appelée toutefois à changer, l’accueil d’enfants dès le CE2 étant jugé prématuré. La situation de vétusté et les conditions d’accueil dans certains internats ont été à diverses reprises dénoncées en 2008. Dans ce contexte, plusieurs projets sont évoqués : l’agrandissement de l’internat du lycée professionnel de Mahina, la rénovation des internats de Rurutu, de Raiatea, d’Afareaitu et d’Atuona, et la reconstruction de l’internat de Taravao à l’intérieur de l’établissement.
« L’augmentation du budget du transport scolaire rend encore plus urgente une politique de l’internat, tant au plan pédagogique qu’au plan financier » estime le rapport de l’Inspection générale. « Les visites effectuées à l’occasion de la mission montrent une situation préoccupante à maints endroits : la qualité des bâtiments laisse souvent à désirer, les équipements font parfois défaut, les sanitaires apparaissent d’un autre âge » (…).

Sont relevés : « des équipements de fortune, fabriqués de bric et de broc, parfois avec des matelas posés à même le sol, et des conditions d’hygiène (ndlr: manque d’eau chronique dans certaines îles) et de sécurité qui, à l’aune des normes métropolitaines seraient jugées inacceptables. La rénovation de certains internats doit donc être une priorité absolue car c’est une précondition à une scolarité réussie pour des élèves psychologiquement plus fragiles du fait de l’éloignement des familles », soulignent les inspecteurs qui approuvent par ailleurs la création récente d’une cellule « vie de l’élève » à la DES (Direction de l’Enseignement Secondaire). Entre autres vocations de cette entité : la gestion des internats et, depuis 2006-2007, d’un nouveau dispositif, le PLEI (Programme de Loisirs Éducatifs en Internat) prévoyant une prise en charge des internes pendant le temps des vacances lorsque les contraintes du calendrier scolaire et du transport ne leur permettent pas de rentrer chez eux. Ce PLEI, qui concerne un millier d’internes, permet à des organismes éducatifs de disposer gratuitement des infrastructures des établissements pour y organiser des loisirs.

4 200 élèves en dehors de leur commune

La notion de périmètre scolaire applicable en principe dans le premier degré prévoit que les élèves relèvent, selon leur lieu d’habitation, de telle ou telle école. Dans les faits, seules quelques communes disposent d’un périmètre défini (Papeete, Punaauia, Moorea). Il est en outre rarement respecté à la lettre. Nombre de parents, parce que l’école désignée ne se situe pas sur le trajet emprunté pour se rendre sur leur lieu de travail ou parce qu’elle ne leur convient pas pour diverses raisons (établissement vétuste, mauvaise réputation, etc.) vont scolariser leur progéniture ailleurs. Il en résulte des déséquilibres et des distorsions entre les écoles, certaines souffrant de classes surchargées tandis que d’autres concentrent des élèves en difficulté scolaire. À Tahiti, on estime ainsi à 4 200 le nombre d’élèves scolarisés en dehors de leur commune d’attribution, avec sur les 3 000 « recueillis » par Papeete, 700 en provenance de Faa’a.

 

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