dimanche 05 septembre 2010
En partenariat avec le DIXIT

logo

design

Economie
 

Bio-sécurité : lutte contre les espèces envahissantes

Dixit 2008-2009


La piqûre de la petite fourmi
de feu peut provoquer la
cécité chez les animaux domestiques

L’essor des échanges a favorisé leur arrivée aux frontières et leur dissémination vers les îles, malgré la mise en place de barrières phytosanitaires, manifestement pas assez imperméables. Une fois installées, il est très vite impossible de les éradiquer. Les contenir devient alors le principal enjeu, à condition toutefois de déployer un programme de lutte soutenu, assorti de moyens humains et financiers conséquents. Un préalable qui, hélas, fait parfois défaut…

Les espèces dites envahissantes (ou invasives), sont des espèces végétales et animales dont la prolifération provoque, ou est susceptible de provoquer, des nuisances. Leur introduction dans un pays peut-être volontaire, telle celle de la petite fourmi de feu importée au Gabon pour lutter contre des parasites agricoles. Néanmoins, la majorité voyage le plus souvent en passager clandestin d’autant plus furtivement qu’en matière de biosécurité, les dispositifs aux frontières sont rarement étanches et les portes d’entrée multiples : aéroports, ports, trafic postal (graines commandées par internet), horticulture ornementale, importation de fruits et légumes… Sur plus de 5 000 espèces envahissantes répertoriées dans le monde, une centaine a été classée par l’UICN (Union Mondiale pour la Conservation de la Nature)1 au hit-parade des plus néfastes. Environ 70 d’entre-elles sont déjà présentes sur le fenua, dont 35 espèces végétales et 11 animales jugées menaçantes pour la biodiversité. Selon les Listes rouges de cet organisme « 25% des espèces de la flore endémique de Polynésie française sont considérées comme rares, vulnérables ou menacées »2, indique Jean-Yves Meyer, chargé de recherche à la Délégation à la recherche.

Colonisation insidieuse

La vulnérabilité des écosystèmes insulaires est renforcée par l’accroissement des échanges. Plus le trafic (transports, importations) augmente, plus le risque d’accueillir de nouvelles pestes croît. Un pays comme la Polynésie française, massivement et de plus en plus dépendant des importations, est bien sûr en première ligne.

L’importation de fruits et légumes est ainsi probablement responsable de l’apparition de la mouche des fruits dans les années 1990. L’importation «sauvage» de plantes et de fleurs ornementales, supports potentiels de nuisibles, par des particuliers mal informés ou par des professionnels peu scrupuleux, est également préoccupante car ces « accompagnateurs », une fois dans la place, vont s’échapper des jardins et provoquer divers dommages collatéraux. Or, ce sont souvent de véritables bombes vertes à retardement, le temps de latence, entre le moment où une espèce de plante est introduite et celui où elle se révèle envahissante, pouvant atteindre une centaine d’années :

« Le Miconia est ainsi resté « invisible » sur Tahiti entre 1937 et 1983 », indique Éric Loève, président de Fenua Animalia.
L’ampleur des répercussions, notamment sur la biodiversité, demeure difficilement évaluable, bien que l’UICN relève « un taux d’extinction d’espèces insulaires augmentant à un rythme sans précédent »3. Ainsi, le Miconia colonise les sous-bois, faisant table rase des espèces végétales environnantes :« Selon les spécialistes, les espèces envahissantes seraient la deuxième cause de l’érosion de la biodiversité après la destruction des milieux naturels par l’homme, voire la principale cause dans les îles tropicales (Hawaï, la Réunion, Tahiti… ). Avec l’essor des échanges de biens et de personnes, la globalisation biologique est en marche », commente Jean-Yves Meyer.

Impacts économiques

Au-delà des conséquences écologiques, intervient l’impact socio-économique, plus ou moins quantifiable. En Nouvelle-Calédonie, la petite fourmi de feu, introduite vers 1960, a quasiment détruit la production de café. Le virus du bananier (Banana bunchy top virus) aurait engendré plusieurs millions de dollars de perte dans les pays affectés. En Polynésie, la présence de la mouche des fruits a entraîné l’interdiction d’exporter des fruits et légumes (vers la Nouvelle-Zélande, le Japon…) ; la teigne des choux (chenille) compromet leur commercialisation ; le Brontispa attaque la flèche des cocotiers (impact sur l’artisanat et la production de noix de coco) ; le parasite des nacres menace les huîtres perlières…

Modalités d’importation et de transport

• L’importation de végétaux (plants, semences, fruits) et de produits végétaux (fibres, bois, grains…) est soumise à l’obtention d’un permis d’importation. Il existe néanmoins (hélas !) des dérogations pour certains produits, suivant la provenance et le volume importé. Pour connaître les conditions d’importation et les pays à partir desquels elle est autorisée, il est possible de consulter la base de données du Département de la protection des végétaux (DPV). Le permis devra ensuite être remis au fournisseur qui contactera l’organisation nationale de la protection des végétaux du pays d’origine, laquelle délivrera un certificat phytosanitaire. Le DPV, informé de l’arrivée de la marchandise, procèdera à son inspection.
• Lorsque la demande d’importation porte sur une espèce non encore autorisée ou d’une provenance nouvelle, elle fait l’objet d’une analyse des risques à l’importation, procédure longue permettant d’identifier les organismes nuisibles potentiels, d’évaluer leur probabilité d’entrer et leur impact en cas de dissémination.
• L’importation d’OGM vivants reste interdite.
• Les commandes par internet et la réception de colis postaux sont également réglementées.
• À destination des îles, le fret (bateau et avion) est également soumis à conditions : présentation des produits au DPV pour contrôle, traitement éventuel (fumigation, désinsectisation, désinfection), délivrance d’un certificat phytosanitaire, expédition dans des colis fermés. Les traitements pour les expéditions dans les îles sont gratuits. l Seules les pépinières et exploitations agricoles et horticoles agréées (expéditions de végétaux en pot par exemple) sont garantes de la qualité sanitaire des produits.

En Polynésie, la présence de la mouche des fruits a entraîné l’interdiction d’exporter des fruits et légumes
(vers la Nouvelle-Zélande, le Japon…)

Quant à la petite fourmi de feu, elle favorise la présence d’autres nuisibles comme les pucerons et cochenilles qu’elle protège afin de récupérer leur miellat, ce qui affaiblit la croissance des arbres. Tout travail dans une zone fortement envahie (faapu, plantations de vanille) devient impossible tant ses piqûres sont violentes. Menaces sur l’agriculture, l’horticulture, l’apiculture (la petite fourmi de feu ravage les ruches), l’économie familiale de subsistance… Ces atteintes ne représentent, en outre, que la partie émergée de l’iceberg : « La nature est un capital, une ressource potentiellement valorisable dans les secteurs pharmacologique, cosmétique, alimentaire, et de l’artisanat. La régression ou la disparition d’espèces endémiques entame ce capital nature », rappelle Jean-Yves Meyer.

La prolifération de pestes, notamment animales, peut également avoir des effets sur la santé, comme l’illustre la petite fourmi de feu dont les piqûres peuvent provoquer la cécité chez les animaux domestiques et des démangeaisons douloureuses chez l’homme. L’impact sur l’habitat et l’immobilier n’est pas non plus négligeable : « Dans certaines zones d’infestation, la petite fourmi de feu investit les jardins, colonisant les infrastructures électriques et téléphoniques et contraignant des familles à déménager tant leur quotidien devient invivable. Aussi, mieux vaut se méfier, dans certains secteurs, des propriétés à vendre à prix bradés… », indique Eric Loève, qui se bat contre ce fléau depuis de nombreuses années.
L’activité touristique peut également être touchée. Quoique désagréable, la « mouche pisseuse » (de son vrai nom Cicadelle pisseuse), qui a fait l’objet d’un programme de lutte efficace, demeure inoffensive pour l’homme, contrairement à la petite fourmi de feu dont la présence (signalée à Tahiti aux abords des hôtels Méridien et Radisson…) constitue un sujet d’inquiétude.
Parmi le lot des indésirables, certains engendrent des nuisances plus imprévisibles. Hawaï a ainsi vu proliférer une variété de petites grenouilles (« Coqui frog ») dont le coassement nocturne indispose les touristes et interpelle les autorités. « Au plan économique, si l’on tient compte de l’ensemble des secteurs d’activités touchés par ces invasions biologiques (agriculture, pêche, tourisme, santé…), les dépenses induites sont énormes », signale un rapport réalisé en 2006 par l’IRD4. Ainsi, aux États-Unis, les coûts économiques augmentés de tous les dégâts occasionnés par les espèces « étrangères » s’élèveraient, annuellement, à 137 milliards de dollars.

Biosécurité et liste noire

En 1961, le Brontispa, insecte attaquant les feuilles de cocotier s’introduisait sur le territoire. Dans les années 1960, les mouches des fruits et l’escargot géant d’Afrique Achatina Fulica faisaient leur entrée, suivis en 1977 par la Triteza, redoutable virus qui allait détruire presque tous les orangers et citronniers.
Quinze ans plus tard, débarquait la petite fourmi de feu… La liste est loin d’être exhaustive. Depuis plus de quarante ans, les fléaux ayant réussi à entrer au fenua sont nombreux, preuve que nos frontières ne sont guère imperméables. Pourtant, au-delà des techniques de veille permettant d’identifier en amont les ennemis potentiels et d’évaluer leur pouvoir d’envahissement, des mesures de biosécurité existent. Ces dispositifs varient cependant selon les approches de gestion du risque adoptées par les différents pays. Ainsi, la plupart d’entre eux comme la Polynésie française a opté pour l’instauration d’une liste noire mentionnant tous les nuisibles interdits d’importation.
Dans d’autres pays soucieux de protéger leur patrimoine naturel et leur économie basée sur l’élevage et l’agriculture (comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande), des systèmes d’évaluation des risques posés par les espèces introduites ont été mis en place. Un questionnaire détaillé sur les caractéristiques biologiques des espèces et de leur comportement permet d’identifier les inoffensives des nuisibles.
Les premières font partie d’une « liste blanche » d’espèces autorisées.Toute espèce introduite est considérée « coupable » avant d’être déclarée « innocente ».
En Polynésie française, les mesures de quarantaine zoo et phytosanitaire à la frontière et vers les îles relèvent du ministère de l’Agriculture et du SDR (Service du Développement Rural). La réglementation adoptée est double. D’une part, est interdite toute introduction ou importation d’espèces animales ou végétales n’existant pas sur le territoire, sauf à montrer « patte blanche », mesure plutôt dissuasive pour les candidats à l’importation… D’autre part, une liste de nuisibles interdits d’importation a été établie. Ainsi, parmi la longue liste des plantes envahissantes en Polynésie française, 35 ont été déclarées « espèces menaçant la biodiversité ». Afin d’informer le grand public, un guide et un poster illustrant ces espèces ont été publiés en janvier 2008 par la Direction de l’Environnement et la Délégation à la Recherche (disponibles gratuitement).
Site : biosecurite.gov.pf

Un dispositif trop perméable

Ces dispositions réglementaires n’empêchent pas pour autant le passage de nuisibles en fraude. Ainsi, la Tristeza aurait pour origine l’introduction frauduleuse de plants d’agrumes. En théorie, tout importateur a l’obligation de demander au préalable une autorisation, en indiquant le produit concerné et sa provenance (voir encadré). Lorsque des pestes potentiellement dangereuses sont détectées dans le pays d’origine, un traitement sera alors exigé avant l’expédition.

Miconia : le cancer vert

De toutes les pestes végétales, le Miconia (Miconia calvescens) - introduit au jardin botanique Harrison Smith de Tahiti en 1937 en tant que plante ornementale - est considéré comme la plus préoccupante pour l’environnement.

Dès les années 1970, elle avait déjà colonisé l’île. « Aujourd’hui, elle a réussi à en envahir près des trois quarts, entre 10 et 1 400 m d’altitude, principalement les zones bien arrosées », précise Jean-Yves Meyer. Ce tueur des sous-bois, dont le système de racines tentaculaires et superficielles lui permet de puiser l’eau et les sels minéraux au détriment de ses voisins, et dont les grandes feuilles bloquent la lumière en sous-bois, menace de disparition les autres plantes de la forêt, dont 40 à 70 espèces endémiques, ainsi que les espèces animales évoluant dans ce milieu. Or, il est presque impossible d’éviter sa propagation, les graines minuscules voyageant sous les semelles des chaussures, sur les pneus des voitures et sur les chenilles des engins d’excavation. « Sur quelque 70 plantes envahissantes recensées en Polynésie française, le Miconia est la pire. Ce petit arbre fait partie des « transformateurs » qui modifient les règles du jeu de l’écosystème, c’est-à-dire son bon fonctionnement (érosion du sol, cycle de l’eau) », poursuit Jean-Yves Meyer.
Dans le Pacifique, il est également jugé envahissant en Nouvelle-Calédonie, à Hawaï et même en Australie. À Tahiti, l’invasion s’avère telle qu’il est déjà trop tard pour en venir à bout, sans compter que le Miconia a également essaimé dans les autres îles : à Moorea, un quart de l’île est infesté ; à Raiatea environ 500 ha sont envahis ainsi que quelques vallées à Tahaa et aux Marquises (Nuku-Hiva et Fatu Hiva), où des programmes de lutte manuelle sont menés par le SDR et la Direction de l’Environnement. De quelles armes dispose-t-on vraiment ? Le programme de lutte biologique a permis, en 2000, de lâcher un champignon pathogène très spécifique du Miconia. Si celui-ci est efficace en montagne, où il cause une défoliation partielle des grands plants, il s’est révélé inopérant à basse altitude où la température semble trop élevée pour son bon développement et sa reproduction… En outre, il permet juste de diminuer le nombre de plantules, mais il ne tue pas l’arbre. Désormais, précise Jean-Yves Meyer, « la stratégie consiste à intervenir là où il est encore temps, en déployant un programme de lutte intégrée qui combine traitement chimique (des souches), manuel (arrachage) et biologique. À Raiatea, l’invasion a été contenue, mais le Miconia n’a pas été éradiqué, essentiellement en raison de la longévité de la réserve de graines dans le sol qui est d’au moins 16 ans ! ».

En réalité, certains importateurs passent outre ces recommandations, introduisant, sans le savoir, des plants hébergeant un hôte indésirable. Jeunes agriculteurs, producteurs individualistes, horticulteurs peu scrupuleux, Chambre d’agriculture dépassée… : moins la profession est structurée, plus le risque d’importations sauvages augmente. Aussi, des voix s’élèvent pour prôner une organisation autour d’un importateur « agréé », chargé localement de la distribution dans les meilleures conditions sanitaires et écologiques. De même, et en dépit des messages de prévention, nombre de particuliers continuent de rapporter dans leurs valises, à Tahiti ou dans les îles, des plants non déclarés et non contrôlés. Une fois la cargaison arrivée sur le territoire, que se passe-t-il ? La protection des végétaux, les contrôles et la police phytosanitaires sont du ressort du DPV (Département de la Protection des Végétaux), basé à Motu Uta. Tous les végétaux et produits végétaux, y compris ceux à destination des archipels, doivent y être présentés pour inspection et traitement si besoin est. « L’essentiel des importations provient du fret maritime et nous savons que 80 % des conteneurs ne sont pas ouverts entre le moment où ils sont prêts à l’embarquement et celui où ils sont réceptionnés par le destinataire polynésien, notamment ceux transportant des denrées non alimentaires (matériaux de construction…) », relève Eric Loève.
Dans les faits, le contrôle exercé est bien souvent avant tout administratif (certificats en règle, etc.), assorti d’une inspection visuelle et, de façon aléatoire, d’un prélèvement d’échantillons… « Certes, les contrôles pourraient et devraient êtres plus stricts à l’entrée », admet Rudoph Putoa, entomologiste au laboratoire de Papara. « Néanmoins, il est illusoire de prétendre être hermétique à 100%.
Même les Américains, pourtant très sourcilleux, ont des trous dans les mailles de leurs filets »
, tempère-t-il.

Carences à tous les étages

Cette faiblesse de la barrière bio sécuritaire s’explique également par le manque de moyens humains. Ainsi, dans un rapport portant sur la situation des mouches des fruits (mars 2007), il est signalé : « Actuellement, le personnel chargé de la police phytosanitaire est nettement insuffisant (sept agents au port contre onze il y a sept ans, douze à l’aéroport alors qu’il en faudrait quatre autres). En outre, pour plus d’efficacité, les infrastructures portuaires et aéroportuaires doivent être adaptées ».
Manque de ressources humaines voire de compétences, manque de prévention, de détection précoce des fléaux, de réactivité, de crédits non seulement votés mais surtout disponibles… : les dysfonctionnements sont variables. « Il faudrait mettre en place une cellule de détection et de veille ou de surveillance que le public pourrait contacter afin de signaler les espèces introduites ou envahissantes. Dans les dernières années, on a assisté à beaucoup d’introductions volontaires ou accidentelles : grenouilles, lézards, serpents, araignées et autres insectes. De même, il faudrait assurer une meilleure liaison entre les différents ministères et services du Pays car certains fléaux relèvent de l’environnement, d’autres de l’agriculture, d’autres de la santé publique : il manque un pilote dans l’avion », constate Jean-Yves Meyer.
Les moyens consacrés à la lutte sont également pointés du doigt. La Polynésie ne disposant pas d’un secteur agricole puissant (comme la Nouvelle-Zélande ou l’Australie), ni d’une réelle stratégie de protection de son patrimoine naturel (Hawaï dépense d’énormes sommes pour la protection de ses parcs nationaux accueillant des millions de visiteurs), les efforts engagés dans la lutte sont peu soutenus. Or, plus la réaction tarde à venir face à la prolifération d’une espèce invasive, plus la facture sera lourde et plus il sera difficile, voire impossible, de l’éradiquer.
Les observateurs s’avouent d’autant plus inquiets que le pire reste sans doute à venir…
Ainsi, l’arrivée de la grande fourmi de feu (Solenopsis invicta) sur le territoire représenterait, selon Éric Loève, « une menace d’autant plus grave qu’elle est lourde de conséquences sur la santé humaine, de nombreux cas de mortalité étant déplorés chaque année. Et ses dégâts se comptent en centaines de millions de dollars aux États-Unis (plus de 500 millions de dollars en 2006) ». Elle est déjà présente en Australie et en Nouvelle-Zélande… Qui plus est, elle vole !

Perspectives

Pour tenter d’enrayer la propagation de tous ces fléaux, quelques initiatives ont été lancées, avec des résultats plus ou moins probants et des perspectives à plus ou moins long terme (voir les encadrés). De manière plus globale, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie ont adhéré en 2007 au réseau du PILN (Pacific Invasive Learning Network, regroupant 22 pays et territoires), impliqué dans la gestion concrète, sur le terrain, des espèces envahissantes. Parallèlement, un vaste programme sur trois ans intitulé « Stratégie sur les espèces envahissantes dans les Collectivités d’Outre-mer », auquel a participé la Polynésie française, s’est achevé en 2008. Son objectif : échanger des expériences, dresser un bilan, faire des propositions…
La publication d’un rapport permettra alors d’avoir une meilleure visibilité et de s’inspirer d’actions probantes.

Marianne Tourette

Nacres stressées et coraux en danger

L’anémone des nacres (Aiptasia pallida), qui s’est disséminée dans les années 1985, a désormais envahi la plupart des lagons dédiés à la perliculture. Sa dispersion a pour origine le nettoyage des nacres au Karscher et le rejet des fragments dans l’eau, cette anémone ayant la propriété de se multiplier en se divisant… Son impact est plus ou moins important suivant l’infestation : « En se développant sur les huîtres, elles les étouffent, les fatiguent et les stressent. Cela peut entraîner des retards dans la croissance et une altération de la qualité de la perle, voire des cas de mortalité. Aussi, en contraignant les perliculteurs à des manipulations difficiles, car elles sont urticantes, et à un nettoyage plus fréquent, elles induisent des coûts de main-d’oeuvre supplémentaires », résume Cédrik Lô, Docteur en biologie au service de la Perliculture. Ce phénomène préoccupe les agents de ce service qui tentent d’interdire le nettoyage au Karscher au profit d’autres techniques comme le nettoyage à l’eau sursalée et l’ébouillantage, procédés qui ont fait l’objet de tests en 2008.
L’étoile de mer Taramea (Acanthaster planci), habitante naturelle du récif, ne devient un fléau qu’au stade de pullulation (soit plus de trente individus par hectare), phénomène sporadique se produisant tous les vingt ans en moyenne et dont la cause - naturelle, influence de l’homme ? - n’est pas établie avec certitude, la plus ancienne série de suivi scientifique n’ayant commencé qu’en 1987. La Polynésie française, qui a déjà connu deux périodes d’infestation (1969 et 1979-86) - antérieures au début de ces suivis - vit depuis 2002 une nouvelle explosion démographique. l’Acanthaster colonise et dévore le corail jusqu’à 1m2 par jour, elle est
actuellement présente sur les pentes externes des récifs à Tahiti, à Moorea, aux Iles Sous-le-Vent et à Rurutu. « On la trouve un peu partout à 2m du bord et dans des zones très peu profondes », avertit Elodie Lagouy, biologiste marine et consultante (coordinatrice de Reef Check Polynésie), auteur d’un rapport sur la situation, commandité par le service de la Pêche.
Les conséquences ? Deux points de vue : certaines associations se montrent pessimistes (impacts potentiellement négatifs sur la pêche, le tourisme, l’habitat…) mais selon Yannick Chancerelle du CRIOBE, « aucune étude ne montre à ce jour que la mortalité du corail induite par les taramea entraînerait, à longue échéance, une perte de la biodiversité du peuplement corallien, la disparition des poissons, etc… Il se pourrait même que cette mortalité engendrée par ces invasions à périodicité longue soit bénéfique, à terme, à la vitalité de l’écosystème. Seules les études - encore trop « jeunes » - pourront le démontrer. » Selon lui, il est donc prématuré de diaboliser la « bête » ! « Pour contenir le phénomène sur des zones de superficie limitée à haut intérêt touristique, récréatif ou encore paysager, le ramassage à l’aide de piques (en veillant toutefois à se préserver des piqûres douloureuses) reste envisageable et écologiquement acceptable ; il vient notamment satisfaire les demandes justifiées et ciblées d’une population sensible à la protection de l’environnement. »
<<Cyber-sécurité: protéger le patrimoine de l’entreprise Retour au menu >>Le surf, une niche économique sous-exploitée