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Economie
Bio-sécurité : lutte contre les espèces envahissantesDixit 2008-2009
![]() La piqûre de la petite fourmi ![]()
L’essor des échanges a favorisé leur arrivée aux frontières et leur dissémination vers les îles, malgré la mise en place de barrières phytosanitaires, manifestement pas assez imperméables. Une fois installées, il est très vite impossible de les éradiquer. Les contenir devient alors le principal enjeu, à condition toutefois de déployer un programme de lutte soutenu, assorti de moyens humains et financiers conséquents. Un préalable qui, hélas, fait parfois défaut…
Les espèces dites envahissantes (ou invasives), sont des espèces végétales et animales dont la prolifération provoque, ou est susceptible de provoquer, des nuisances. Leur introduction dans un pays peut-être volontaire, telle celle de la petite fourmi de feu importée au Gabon pour lutter contre des parasites agricoles. Néanmoins, la majorité voyage le plus souvent en passager clandestin d’autant plus furtivement qu’en matière de biosécurité, les dispositifs aux frontières sont rarement étanches et les portes d’entrée multiples : aéroports, ports, trafic postal (graines commandées par internet), horticulture ornementale, importation de fruits et légumes… Sur plus de 5 000 espèces envahissantes répertoriées dans le monde, une centaine a été classée par l’UICN (Union Mondiale pour la Conservation de la Nature)1 au hit-parade des plus néfastes. Environ 70 d’entre-elles sont déjà présentes sur le fenua, dont 35 espèces végétales et 11 animales jugées menaçantes pour la biodiversité. Selon les Listes rouges de cet organisme « 25% des espèces de la flore endémique de Polynésie française sont considérées comme rares, vulnérables ou menacées »2, indique Jean-Yves Meyer, chargé de recherche à la Délégation à la recherche. ![]() Colonisation insidieuseLa vulnérabilité des écosystèmes insulaires est renforcée par l’accroissement des échanges. Plus le trafic (transports, importations) augmente, plus le risque d’accueillir de nouvelles pestes croît. Un pays comme la Polynésie française, massivement et de plus en plus dépendant des importations, est bien sûr en première ligne. L’importation de fruits et légumes est ainsi probablement responsable de l’apparition de la mouche des fruits dans les années 1990. L’importation «sauvage» de plantes et de fleurs ornementales, supports potentiels de nuisibles, par des particuliers mal informés ou par des professionnels peu scrupuleux, est également préoccupante car ces « accompagnateurs », une fois dans la place, vont s’échapper des jardins et provoquer divers dommages collatéraux. Or, ce sont souvent de véritables bombes vertes à retardement, le temps de latence, entre le moment où une espèce de plante est introduite et celui où elle se révèle envahissante, pouvant atteindre une centaine d’années : « Le Miconia est ainsi resté « invisible » sur Tahiti entre 1937 et 1983 », indique Éric Loève, président de Fenua Animalia. Impacts économiquesAu-delà des conséquences écologiques, intervient l’impact socio-économique, plus ou moins quantifiable. En Nouvelle-Calédonie, la petite fourmi de feu, introduite vers 1960, a quasiment détruit la production de café. Le virus du bananier (Banana bunchy top virus) aurait engendré plusieurs millions de dollars de perte dans les pays affectés. En Polynésie, la présence de la mouche des fruits a entraîné l’interdiction d’exporter des fruits et légumes (vers la Nouvelle-Zélande, le Japon…) ; la teigne des choux (chenille) compromet leur commercialisation ; le Brontispa attaque la flèche des cocotiers (impact sur l’artisanat et la production de noix de coco) ; le parasite des nacres menace les huîtres perlières… Modalités d’importation et de transport
• L’importation de végétaux (plants, semences, fruits) et de produits végétaux (fibres, bois, grains…) est soumise à l’obtention d’un permis d’importation. Il existe néanmoins (hélas !) des dérogations pour certains produits, suivant la provenance et le volume importé. Pour connaître les conditions d’importation et les pays à partir desquels elle est autorisée, il est possible de consulter la base de données du Département de la protection des végétaux (DPV). Le permis devra ensuite être remis au fournisseur qui contactera l’organisation nationale de la protection des végétaux du pays d’origine, laquelle délivrera un certificat phytosanitaire. Le DPV, informé de l’arrivée de la marchandise, procèdera à son inspection. • Lorsque la demande d’importation porte sur une espèce non encore autorisée ou d’une provenance nouvelle, elle fait l’objet d’une analyse des risques à l’importation, procédure longue permettant d’identifier les organismes nuisibles potentiels, d’évaluer leur probabilité d’entrer et leur impact en cas de dissémination. • L’importation d’OGM vivants reste interdite. • Les commandes par internet et la réception de colis postaux sont également réglementées. • À destination des îles, le fret (bateau et avion) est également soumis à conditions : présentation des produits au DPV pour contrôle, traitement éventuel (fumigation, désinsectisation, désinfection), délivrance d’un certificat phytosanitaire, expédition dans des colis fermés. Les traitements pour les expéditions dans les îles sont gratuits. l Seules les pépinières et exploitations agricoles et horticoles agréées (expéditions de végétaux en pot par exemple) sont garantes de la qualité sanitaire des produits. En Polynésie, la présence de la mouche des fruits a entraîné l’interdiction d’exporter des fruits et légumes Quant à la petite fourmi de feu, elle favorise la présence d’autres nuisibles comme les pucerons et cochenilles qu’elle protège afin de récupérer leur miellat, ce qui affaiblit la croissance des arbres. Tout travail dans une zone fortement envahie (faapu, plantations de vanille) devient impossible tant ses piqûres sont violentes. Menaces sur l’agriculture, l’horticulture, l’apiculture (la petite fourmi de feu ravage les ruches), l’économie familiale de subsistance… Ces atteintes ne représentent, en outre, que la partie émergée de l’iceberg : « La nature est un capital, une ressource potentiellement valorisable dans les secteurs pharmacologique, cosmétique, alimentaire, et de l’artisanat. La régression ou la disparition d’espèces endémiques entame ce capital nature », rappelle Jean-Yves Meyer. Biosécurité et liste noire![]() En 1961, le Brontispa, insecte attaquant les feuilles de cocotier s’introduisait sur le territoire. Dans les années 1960, les mouches des fruits et l’escargot géant d’Afrique Achatina Fulica faisaient leur entrée, suivis en 1977 par la Triteza, redoutable virus qui allait détruire presque tous les orangers et citronniers. Un dispositif trop perméableCes dispositions réglementaires n’empêchent pas pour autant le passage de nuisibles en fraude. Ainsi, la Tristeza aurait pour origine l’introduction frauduleuse de plants d’agrumes. En théorie, tout importateur a l’obligation de demander au préalable une autorisation, en indiquant le produit concerné et sa provenance (voir encadré). Lorsque des pestes potentiellement dangereuses sont détectées dans le pays d’origine, un traitement sera alors exigé avant l’expédition. Miconia : le cancer vert En réalité, certains importateurs passent outre ces recommandations, introduisant, sans le savoir, des plants hébergeant un hôte indésirable. Jeunes agriculteurs, producteurs individualistes, horticulteurs peu scrupuleux, Chambre d’agriculture dépassée… : moins la profession est structurée, plus le risque d’importations sauvages augmente. Aussi, des voix s’élèvent pour prôner une organisation autour d’un importateur « agréé », chargé localement de la distribution dans les meilleures conditions sanitaires et écologiques. De même, et en dépit des messages de prévention, nombre de particuliers continuent de rapporter dans leurs valises, à Tahiti ou dans les îles, des plants non déclarés et non contrôlés. Une fois la cargaison arrivée sur le territoire, que se passe-t-il ? La protection des végétaux, les contrôles et la police phytosanitaires sont du ressort du DPV (Département de la Protection des Végétaux), basé à Motu Uta. Tous les végétaux et produits végétaux, y compris ceux à destination des archipels, doivent
y être présentés pour inspection et traitement si besoin est. « L’essentiel des importations provient du fret maritime et nous savons que 80 % des conteneurs ne sont pas ouverts entre le moment où ils sont prêts à l’embarquement et celui où ils sont réceptionnés par le destinataire polynésien, notamment ceux transportant des denrées non alimentaires (matériaux de construction…) », relève Eric Loève. Carences à tous les étagesCette faiblesse de la barrière bio sécuritaire s’explique également par le manque de moyens humains. Ainsi, dans un rapport portant sur la situation des mouches des fruits (mars 2007), il est signalé : « Actuellement, le personnel chargé de la police phytosanitaire est nettement insuffisant (sept agents au port contre onze il y a sept ans, douze à l’aéroport alors qu’il en faudrait quatre autres). En outre, pour plus d’efficacité, les infrastructures portuaires et aéroportuaires doivent être adaptées ». PerspectivesPour tenter d’enrayer la propagation de tous ces fléaux, quelques initiatives ont été lancées, avec des résultats plus ou moins probants et des perspectives à plus ou moins long terme (voir les encadrés). De manière plus globale, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie ont adhéré en 2007 au réseau du PILN (Pacific Invasive Learning Network, regroupant 22 pays et territoires), impliqué dans la gestion concrète, sur le terrain, des espèces envahissantes. Parallèlement, un vaste programme sur trois ans intitulé « Stratégie sur les espèces envahissantes dans les Collectivités d’Outre-mer », auquel a participé la Polynésie française, s’est achevé en 2008. Son objectif : échanger des expériences, dresser un bilan, faire des propositions…
Nacres stressées et coraux en danger
![]() L’étoile de mer Taramea (Acanthaster planci), habitante naturelle du récif, ne devient un fléau qu’au stade de pullulation (soit plus de trente individus par hectare), phénomène sporadique se produisant tous les vingt ans en moyenne et dont la cause - naturelle, influence de l’homme ? - n’est pas établie avec certitude, la plus ancienne série de suivi scientifique n’ayant commencé qu’en 1987. La Polynésie française, qui a déjà connu deux périodes d’infestation (1969 et 1979-86) - antérieures au début de ces suivis - vit depuis 2002 une nouvelle explosion démographique. l’Acanthaster colonise et dévore le corail jusqu’à 1m2 par jour, elle est ![]() Les conséquences ? Deux points de vue : certaines associations se montrent pessimistes (impacts potentiellement négatifs sur la pêche, le tourisme, l’habitat…) mais selon Yannick Chancerelle du CRIOBE, « aucune étude ne montre à ce jour que la mortalité du corail induite par les taramea entraînerait, à longue échéance, une perte de la biodiversité du peuplement corallien, la disparition des poissons, etc… Il se pourrait même que cette mortalité engendrée par ces invasions à périodicité longue soit bénéfique, à terme, à la vitalité de l’écosystème. Seules les études - encore trop « jeunes » - pourront le démontrer. » Selon lui, il est donc prématuré de diaboliser la « bête » ! « Pour contenir le phénomène sur des zones de superficie limitée à haut intérêt touristique, récréatif ou encore paysager, le ramassage à l’aide de piques (en veillant toutefois à se préserver des piqûres douloureuses) reste envisageable et écologiquement acceptable ; il vient notamment satisfaire les demandes justifiées et ciblées d’une population sensible à la protection de l’environnement. »
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