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Economie
Océanisation des cadresDixit 2008-2009
![]() Mirage ou réalité?L'océanisation des cadres, concept qui revient régulièrement sur le devant de la scène polynésienne est un processus qui a déjà " de la bouteille ". pour autant, cette démarche est-elle effective ou reste-t-elle un voeu pieu ? si dans certains secteurs, l'océanisation des cadres semble bel et bien réelle, sinon en bonne voie, elle s'avère plus poussive dans d'autres. la diversification de l'offre de formations apparaît comme une avancée majeure, mais des écueils subsistent. ils ne font cependant que freiner un processus naturel qui, lentement mais sûrement, gagne du terrain. Que signifie et que recouvre en réalité l’océanisation des cadres, vocable pour le moins original ? ![]() Quant au terme de « cadre », il désigne généralement un salarié exerçant une fonction de direction, de contrôle ou de conception dans une entreprise, une administration. Cette qualification peut donc à la fois s’appliquer à des cadres dits « intermédiaires » (de formation Bac +3) et à des cadres supérieurs (au-delà de Bac + 3) constituant l’élite. En toile de ond, on retrouve la thématique globale
de la discrimination positive dans l’accès
à l’emploi, mais dont la mise en oeuvre des conditions
d’application n'est pas encore d’actualité
Trois milles étudiants pour l’UPF L’UPF, qui a fêté ses vingt ans en 2007, a vu ses étudiants, depuis sa création, passer de 200 à 3 000, dont environ 2 300 en formation initiale, près de 400 en formation continue et 300 relevant de l’IUFM (intégrée en janvier 2009). Réparties dans trois filières, les inscriptions révèlent toutefois une nette prédilection pour les Lettres, Langues et Sciences Humaines (47,3 %), suivies par le Droit, économie-Gestion (30,9 %), puis par les Sciences, Sciences Médicales et Technologie (21,8 %). En six ans, le nombre d’inscrits a augmenté de 53 %. On relève également la prééminence des femmes, puisque 61,9 % des effectifs sont des étudiantes (contre 56,7 % pour la moyenne nationale). Fer de lance de l’océanisation des cadres, l’UPF peut-elle dire aujourd’hui « mission accomplie » ? Elle y contribue en tous cas, tout au moins pour la formation de niveau licence (plus de 97 % des inscrits), les masters ne mobilisant en revanche que 1,7 % des foules et le cursus doctoral 1 %. En 2006/2007, ils sont ainsi 220 étudiants à avoir obtenu une licence et 7 un diplôme supérieur (master, doctorat, habilitation à diriger des recherches). Entre autres initiatives porteuses d’avenir : la mise en place de la licence Tourisme-hôtellerie (démarrée en 2007) et du nouveau Diplôme universitaire Métiers de l’audiovisuel en formation continue ; et la création en 2003 de la première année de médecine (une centaine d’étudiants). À l’issue du concours, une vingtaine d’entre eux (numerus clausus pour la Polynésie : 12 en médecine et une petite dizaine pour les métiers de sagesfemmes/ergothérapeutes/kiné) pourront ainsi poursuivre leurs études à Bordeaux et constituer, dans deux ou trois ans, le premier bataillon de taote «made in Tahiti» ou presque… Quant à la nouvelle carte des formations prévue dans le cadre du contrat 2008-2011, elle voit la création de nouveaux masters (un en Lettres et un en Droit des activités économiques) et de la 3e année de la licence de Sciences de la vie et de la terre et de la licence Informatique. Source : UPF, Tableau de bord de la vie étudiante 2007-2008. Le 21 juin 1947, une vaste manifestation fut organisée à Papeete afin de protester contre le débarquement de trois fonctionnaires en provenance de métropole et dont le recrutement était contesté. En novembre 1949, Pouvanaa a Oopa, leader du RDPT (Rassemblement Démocratique des Populations Tahitiennes) et défenseur de la promotion d’une élite locale à travers l’instruction et l’accès aux emplois administratifs, choisit d’en faire une ligne directrice de son projet politique. Cinquante ans plus tard, ce leitmotiv ressurgit à chaque élection, au travers de discours le plus souvent démagogiques, voire populistes. Lors du « taui » en 2004, on vit même apparaître pour la première fois, en la personne d’Oscar Temaru, un président du gouvernement en charge de « l’océanisation des cadres », entre autres prérogatives usuelles (relations extérieures, transport aérien, etc.). Durant les dernières élections territoriales de 2008, Gaston Flosse, au nom du Tahoeraa Huiraatira, promettait pour sa part « 500 cadres pour la Polynésie en 5 ans ».
Discrimination positive ou négative ?En septembre 2002, dans l’hebdomadaire indépendantiste Toere, Claude Marere se penchait sur le sujet dans un article intitulé « Discrimination positive : vive la liberté, l’égalité, la fraternité », dans lequel il fustigeait cette idée :« D’abord il faut rappeler qu’il existe un principe de base dans la constitution française de non-discrimination entre les Français. Il fait même partie de la devise de la République française : liberté, égalité, fraternité. Ainsi, des Français de métropole qui ont fait de la Polynésie française leur terre d’adoption deviendraient soudain, dans les domaines très vastes de l’économie et du foncier, des citoyens de seconde zone ? » Et de poursuivre en donnant l’exemple des États-Unis où les universités ont mis en pratique ce principe de discrimination positive essentiellement pour des étudiants issus de familles d’immigrés (Latinos) ou de milieux défavorisés (Noirs). « On s’aperçoit dix ans après que les diplômes délivrés par ces universités ont dégringolé dans l’échelle des valeurs universitaires. Est-ce vraiment une bonne idée que de faire de la discrimination positive dans le domaine économique ou de l’emploi, donc de la formation et du système scolaire ? Car si elle aboutit à faire des Polynésiens des travailleurs moins performants, la Polynésie sera condamnée à chercher ailleurs les hommes plus qualifiés qui lui manqueront toujours… »
Du public au privéPartir, pour mieux revenir ?
Que deviennent les étudiants ayant suivi une formation supérieure, une fois leur diplôme en poche ? Ceux qui ont choisi de poursuivre leurs études en métropole ou à l’étranger reviennent-ils ensuite au fenua ou préfèrent-ils faire carrière ailleurs ? Selon les témoignages de responsables d’établissements et d’entreprises, il semblerait que les étudiants aient, depuis deux ans environ, davantage tendance à s’expatrier pour être mieux armés. « En 2007, à l’ISEPP quinze de nos étudiants en licence de communication ont fait le choix de quitter le cocon polynésien pour se qualifier davantage. Or, si l’océanisation dans ce domaine et dans les media est déjà une réalité au niveau des techniciens, il reste à former l’encadrement de demain », indique Jean Querenet, directeur, chargé de la gestion académique. En outre, ces expatriés auraient tendance à ne rentrer au pays qu’après avoir fait leurs premières armes à l’extérieur, pendant quelques années. Néanmoins, faute de données objectives sur le sujet, le flou perdure. Afin d’en savoir plus, l’UPF s’est attelée, pour ses vingt bougies, à constituer un annuaire des diplômés mis en ligne sur son site internet. Cette initiative devra être suivi par la mise en oeuvre d’un observatoire, la loi Pécresse (du 10 août 2007), relative aux libertés et aux responsabilités des universités imposant désormais une obligation de visibilité en vue d’adapter la carte des formations. ![]() Ceux qui ont choisi de poursuivre Les années post-CEP, marquées par une période de prospérité économique, ont vu l’émergence d’une classe moyenne dont les enfants, élevés dans la perspective de poursuivre des études supérieures, ont contribué à océaniser le marché de l’encadrement. Ce marché s’est toutefois, dans un premier temps, tourné vers le secteur public, principalement vers l’enseignement et la fonction publique territoriale. En 2008, sur plus de 5 800 postes dans l’administration, 700 étaient des cadres de catégorie A, recrutés à Bac + 3 (source : ministère de la Fonction publique). Dans une grosse entreprise locale comme la Brasserie de Tahiti, les salaires des cadres s’échelonneraient, selon les données communiquées par l’entreprise, de 350 000-400 000 Fcfp (jeunes diplômés à l’embauche) à 700-800 000 Fcfp (cadres expérimentés). L’ISEPP, dans la cour des cadres
ÉLèves de l’ISEPP en mission pour le FIFO 2007 L’ISEPP (Institut Supérieur de l’Enseignement Privé de Polynésie française), créé en 1998-99 avec pour vocation d’origine la formation des cadres en particulier dans les domaines de l’éducation (formation des enseignants du privé) et des sciences humaines, compte aujourd’hui 215 étudiants. L’école prépare à deux licences (Information et communication, Psychologie) et dispense, en formation continue, deux filières en licence 3 (Sciences de l’éducation, Sociologie et Anthropologie-Ethnologie) et un master 2 (Sciences de l’Éducation et de la Formation). Des instits aux profsAutre pan du secteur public à avoir prioritairement attiré les Polynésiens :l’enseignement primaire. Stratégie et locomotivesPourquoi vouloir océaniser ? Quoique basique, la question mérite après tout d’être soulevée. Parmi les entreprises, l’océanisation est le fait, historiquement, de quelques grosses locomotives (Air Tahiti, EDT, Socredo…) soutenues pour partie par un actionnariat public (statut de Société d’Économie Mixte pour la Socredo) et dont les dirigeants, dans bien des cas, furent ou sont des enfants du pays. « L’océanisation est une stratégie, une volonté, relevant d’une logique de groupe et de management choisie par la maisonmère et ses actionnaires, en particulier dans le secteur bancaire », souligne d’emblée James Estall, directeur général de la Socredo et président de l’Association française des banques, comité local de Polynésie française. Si l’océanisation dans le secteur bancaire a été engagée il y a une quinzaine d’années, le recours à un encadrement local est une réalité au sein de la Socredo depuis trente, voire quarante ans. « A mon arrivée en 1978, 90 % de l’encadrement était déjà polynésien », précise-t-il. Aujourd’hui, la banque compte, sur 500 agents, 80 cadres dont seulement 3 expatriés. Quand le SEFI cadre les cadres Le SEFI a développé, depuis avril 2004, une cellule «cadres» dont la mission est de mettre en relation les entités disposant d’offres de postes d’encadrement (hors secteurs de la santé et de l’enseignement secondaire ou supérieur public) et des demandeurs diplômés de l’enseignement supérieur (Bac + 3). Les données rassemblées par le SEFI sur ce marché, tout en ne fournissant bien sûr qu’une vision partielle de l’offre et de la demande, apportent néanmoins quelques éclairages intéressants. • 3 % seulement. Sur un lot de quelque 20 000 demandeurs d’emplois transitant dans l’année par le SEFI, seuls 3 % sont des cadres. Si l’on raisonne non pas en flux mais en stock, ils sont 235 sur 7 000 (nombre moyen de demandeurs en fin de mois, pour le premier semestre 2007). • Plus qualifiés. La part des offres d’emploi à destination des cadres (Bac + 3 et plus) sur le total des offres était de 1,6 % en 2003. En 2007, cette proportion est passée à 6,6 %. • Le tiercé des offres. En 2007, les offres cadres déposées ont concerné, dans le privé : le secteur des transports et des communications, l’immobilier et les services aux entreprises, la santé et l’action sociale. • Formations les plus demandées : l’économie, la gestion, la comptabilité, la santé et le BTP architecture. * Stabilité des diplômés. La part des demandeurs d’emploi munis d’un Bac + 3 et plus, est assez stable (de 3,7 % à 4,2 %), alors que dans le même temps, les demandeurs d’emplois ont augmenté de 45,5 %. De nouveaux diplômes sont apparus depuis quatre ans (secteurs du sport, du transport, de l’audiovisuel, de l’agriculture et des métiers de la mer). Source : SEFI, Offres d’emploi à destination des cadres depuis 2003, Rapport d’activité 2007. Ce contexte est le fruit d’une politique volontariste de formation. Dans les années 1980, la banque a ainsi passé des conventions de partenariat prévoyant le détachement de cadres métropolitains pendant quelques années avec, pour objectif, un transfert de compétences, dans le domaine de l’informatique ou de la comptabilité par exemple. « Depuis dix ans, nous sommes passés à la vitesse supérieure, en envoyant nos cadres (avec 10-15 ans d’ancienneté) suivre un circuit de formation pendant un à deux ans en métropole, afin d’améliorer leurs compétences et leur technicité bancaire », poursuit James Estall. À EDT, la politique d’océanisation, initiée il y a une trentaine d’années, s’est traduite également par une stratégie de formation. « À mon arrivée à la direction générale en 1984, nous étions sept cadres dont quatre ingénieurs diplômés », indique Joël Allain, aujourd’hui à la retraite. Cependant, constatant que les études d’ingénieur n’attiraient pas les étudiants polynésiens, le groupe a par deux fois, à dix années d’intervalle, financé les études d’ingénieur, pendant trois ans, de trois de ses agents. Aujourd’hui, EDT rassemble 454 agents, dont 39 cadres (résidant depuis plus de cinq ans sur le territoire). Cependant si « cette volonté d’océaniser découle d’une nécessité sociale évidente, afin d’assurer l’équilibre d’un tissu social pluriethnique », comme le relève Joël Allain, rien ne sert non plus d’océaniser pour océaniser. « Il ne s’agit pas d’imposer un cadre local à tout prix, mais de déployer une stratégie de transfert et d’appropriation de compétences pour répondre à une obligation de résultat », nuance James Estall. Des cadres intermédiaires aux dirigeantsL’océanisation des cadres est-elle désormais une réalité dans le secteur privé ? En tout cas, la relève semble effective au niveau intermédiaire. Ainsi, quasiment tous les cadres intermédiaires du secteur bancaire sont désormais des locaux. « À partir des années 1990, on ne voyait déjà plus de techniciens supérieurs expatriés dans le privé. L’océanisation des cadres vécue en Nouvelle -Calédonie
Le programme dit « 400 cadres » issu des accords de Matignon avait pour objectif de former des cadres et ainsi de réduire, le plus rapidement possible, le déficit Kanak dans l’accession aux responsabilités. Il a par la suite été remplacé par la formation « cadres avenir » issue de l’accord de Nouméa. L’ancien hautcommissaire de la République en Nouvelle-Calédonie Alain Christnacht commente dans « Les études de la documentation Française » : « L’objectif a été presque atteint, avec de belles réussites emblématiques. (…) L’accord de Nouméa a posé le principe d’une poursuite de ce programme selon les mêmes principes, avec la volonté de mettre l’accent désormais sur les cadres techniques et financiers. Les personnes choisies doivent avoir le niveau du baccalauréat ou posséder une expérience professionnelle d’un niveau équivalent. Les perspectives d’emplois sont, en principe, identifiées avant l’entrée en formation. » Quels sont les freins persistants ? Entre autres verrous identifiés par certains chefs d’entreprises : la ténacité, car l’accès à des postes élevés, via la promotion interne, suppose de gravir avec patience les échelons de la hiérarchie. La faible confiance des étudiants dans leurs capacités, leur difficulté à se projeter à des postes de responsabilité et le manque de mobilité sont également mis en exergue. Malgré une offre locale de formations supérieures dispensées à Tahiti plus diversifiée (dont une nouvelle École supérieure de Commerce pour 2009, voir le Dixit 2008), il demeure souvent nécessaire de s’expatrier, démarche qui rebute encore nombre d’étudiants. Dès lors, cette réticence handicape l’océanisation dans certains secteurs, comme l’hôtellerie. Une fois en place, le jeune cadre postulant à de plus hautes responsabilités devra parfois aussi accepter une expatriation temporaire, de même qu’un cadre confirmé devra s’enrichir de nouvelles expériences. Un cadre sur quatre est étrangerSelon les données collectées par le SEFI sur le marché de l’encadrement (voir encadré), 251 offres de postes de statut cadre ont été présentées au service en 2007. Or, sur ce lot, 63 ont été pourvus par des personnes de nationalité étrangère, ces dernières ayant obtenu un permis de travail accordé par le ministère de l’Emploi, faute de maind’oeuvre qualifiée disponible localement. Il s’agit de postes de responsables administratifs et financiers de grandes entreprises (locales et/ou internationales), de personnels soignants (médecins…) ou oeuvrant dans le secteur des transports et du tourisme (guides parlant japonais…). Surtout, le service note une pénurie de cadres qualifiés dans l’hôtellerie ou qui refusent de se déplacer dans une autre île, comme à Bora Bora… Ainsi sur 21 postes de cadres proposés en 2007 dans ce secteur, 15 ont été pourvus par des étrangers.
Cependant, la création d’un lycée hôtelier digne de ce nom, la saturation des postes « administratifs », la sensibilisation sur les perspectives d’emplois auprès des différents gouvernements avec des dispositifs d’aide à la formation commence à porter ses fruits et l’on vient de moins en moins dans l’hôtellerie ou le tourisme, par défaut mais par choix, ce qui est une énorme progression. Enfin, la mise en place, depuis une douzaine d’années, de véritables structures de formation interne dans les grandes chaînes hôtelières ; la construction devenue quasi systématique de logements destinés au personnel d’encadrement de chaque hôtel dans les îles et la progression des rémunérations (autour de 300 000 Fcfp en moyenne actuellement) avec la mise en place du « service charge » qui constituera un bonus non négligeable voire considérable d’ici 2 ans (1 % du revenu des hôtels en 2007 ; 4 % en 2010 redistribué en intégralité au personnel), devrait permettre au secteur de redorer et d’océaniser son blason dans les prochaines années. Voici venu le temps des passeurs
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