dimanche 05 septembre 2010
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Economie

Perle de culture,état d’urgence déclaré

Dixit 2008-2009
Avec un prix moyen passé sous la barre fatidique des 1 000 fcfp/gr, l'horizon semble peu dégagé pour la perle de culture de tahiti.
2008 a marqué un réel naufrage économique et social : 5 000 emplois sont aujourd'hui menacés aux tuamotu-gambier.
Les producteurs montent désormais au créneau, demandant un soutien actif et urgent de la part des pouvoirs publics.

Un rapport du GIE Poe Rava Nui de juin 2008, intitulé « Réenchanter la perliculture » recense et analyse l’ensemble des motifs pour lesquels la perliculture est enlisée dans la situation qu’elle connaît aujourd’hui. Des causes identifiées depuis des années : production non maîtrisée, qualité moyenne en baisse, fraude massive, commercialisation anarchique dans un contexte de concurrence internationale acerbe. Les recommandations formulées sont également claires : une réorganisation en profondeur du secteur avec la mise en place d’un schéma directeur imposé par les pouvoirs publics, qui établirait une « corrélation étroite entre production, commercialisation et promotion ». En bref, pour la première fois, émerge le réel désir d’une vision tournée vers le long terme.

Prix et moral des professionnels en baisse

Pour la deuxième année consécutive, le prix moyen au gramme de la perle de culture a continué à chuter. Alors qu’il s’établissait fin 2007 à 1 393 Fcfp par gramme (contre 1 465 Fcfp/gr en 2006 et 1 500 Fcfp/gr en 2005), il est tombé à moins de 950 Fcfp/gr au premier semestre 2008. Sur cette dernière période, les recettes à l’exportation ont chuté de 35 % en valeur par rapport à 2007 (soit 1,5 milliard de Fcfp), et de 25% en volume, impliquant de graves difficultés financières pour les perliculteurs qui voient leurs marges s’effriter, ne peuvent faire face à leurs charges de fonctionnement et se retrouvent contraints à licencier ou tout simplement à cesser leur activité. Ceux qui refusent de brader à tout prix grossissent leurs stocks en attendant des jours meilleurs… Même Robert Wan a mis sur pied au second semestre 2008 un plansocial basé sur des licenciements économiques, des restrictions salariales et une réorganisation du travail pour faire face à la crise.

Ces dernières années, Hong Kong est devenu le premier acheteur (49 % des ventes en 2007, contre 41 % pour le Japon). Mais, comme le constatent les acteurs de la filière, depuis que la Chine est devenue une plaque tournante internationale du négoce de la perle, avec des ventes aux enchères organisées à Shanghai et Hong Kong par les différents groupements de producteurs, les prix ont considérablement chuté. « Les perles vendues à Hong Kong sont moins chères qu’ici ! À la différence des Japonais qui ont une vraie tradition perlière et aiment le produit, à Hong Kong, la perle est une monnaie d’échange. On l’achète comme on achèterait autre chose… », constate Anne-Sandrine Talfer, chef du service de la Perliculture. Les perliculteurs demandent pour la première fois plus d’administration et de contrôles… Ils exigent des mesures strictes
Même si tout le monde souffre, certains s’en sortent : « Ceux qui ont investi ailleurs et valorisent leurs perles. ». Les entreprises franches (au nombre de 9) ont permis quant à elles d’augmenter les exportations de perles montées, exonérées de Droit spécifique sur les perles exportées (DSPE, d’un montant de 200 Fcfp par gramme), de 50 % en valeur (1,4 milliard de Fcfp en 2007 contre 945 millions en 2006) et de 9,2 % en volume. Et ce, principalement grâce aux importations des Emirats Arabes Unis, à hauteur de 266 millions de Fcfp, mais avec une piètre valorisation (825 Fcfp/gr), objectif pourtant initial de ces zones franches !

Tous ensemble…

Un nouveau GIE
pour « sauver la perle »

Un tout nouveau GIE, le GIE professionnel des Producteurs de Nacres et de Perles de Polynésie (PNPP), créé le 17 octobre 2008 réclame la mise en place d’un plan de sauvetage. « Nous sommes la première production du Pays, nous sommes en train de mourir car nous ne sommes pas écoutés par les politiques… Il serait logique que le Président du Pays reprenne en effet le portefeuille ministériel de la perliculture, ce qu’il ne fait pas ! », déplore Alfred Potier, président du nouveau groupement qui représente pas moins de 400 perliculteurs de toutes tailles. Ce nouveau groupement préconise la mise en place d'une structure de régulation du marché de la perle, un centre de négoce, qui pourrait s’appeler le Tahiti Pearl Trade Center, afin d'encadrer simultanément la production, la commercialisation et la promotion. La mise en place de cette structure (dans les locaux de l’ex-GIE Perles de Tahiti ou dans la future Maison de la Perle, budgétisée par le Pays à plus de 1,3 milliard), serait assortie d’un système de crédit-relais pour les perliculteurs à qui l’on achèterait « cash » leurs perles à 50 % de leur valeur, un acompte qui permettrait de patienter jusqu’à la vente. Une enveloppe de 500 millions de Fcfp a été demandée au Pays pour la mise en place de ce fonds de sécurisation. Quant à la promotion de la perle de Tahiti, le GIE des Producteurs de nacres et de perles n’adhère pas à l’idée de la regrouper avec le tourisme et les autres produits polynésiens.

Alors que pendant des années, les producteurs n’avaient pas réussi à s’entendre, en proie à des intérêts trop divergents selon la taille de l’entreprise, ils se sont aujourd’hui regroupés en collectif afin de faire entendre leur voix et demander des mesures d’urgence.
Plusieurs fois en 2008, les perliculteurs se sont exprimés et levés contre leur ministère pour lequel, selon leurs mots, « ils ne représentaient pas la priorité ». « Les perliculteurs demandent pour la première fois plus d’administration et de contrôles… Ils exigent des mesures strictes pour les tricheurs », constate Anne-Sandrine Talfer, directrice du service de la Perliculture. « Certains perliculteurs ne viennent jamais au service de la Perliculture faire contrôler leurs perles, mais exportent tout de même et s’enrichissent ! C’est le règne de la malhonnêteté ! ».
Depuis octobre 2008, trois commissions regroupant professionnels et pouvoirs publics se sont mises en place pour travailler sur des axes d’actions et des mesures à prendre d’urgence dans les domaines de la production, de la commercialisation et de la promotion.

Production : vers des quotas ?

L’ensemble des acteurs de la filière perlicole semble s’accorder sur un point : face à la baisse des prix, il faut recréer la rareté de notre « joyau », en particulier par un contrôle strict de la production, en quantité et en qualité. En 2006, l’ensemble des lagons avait été partiellement rouverts pour le collectage. Les concessions étaient limitées à 10 hectares et 10 lignes de collectage pour nouvelles demandes, et ce, uniquement pour les personnes physiques.

170 demandes de cartes de producteurs avaient alors été enregistrées, dont une centaine ont abouti. En septembre 2007, tous les lagons avaient été fermés pendant un an, certains surchargés, mettant en péril la durabilité de l’activité perlicole. Si en 2008 quelques lagons ont été rouverts (Hao, Faaite, Kaukura, Kauhi), l’on se dirige à présent vers un mouvement de réduction des superficies. Au cours de 2007, la régularisation des concessions maritimes et des cartes professionnelles s’est achevée et en 2008, on recense 651 fermes pour une superficie totale de 9 704 hectares.



Contrôler le nombre de perles produites est difficile : « Nous effectuons des contrôles en surface, mais peu de plongées. Dans les atolls isolés par exemple, les perliculteurs sont souvent prévenus à l’avance de toute arrivée de contrôleurs », poursuit Anne-Sandrine Talfer. Parmi les mesures que préconise la commission de travail « production » : le durcissement de la réglementation par rapport aux mauvais payeurs (annulation des concessions dont les redevances sont impayées), gel immédiat de l’octroi de nouvelles concessions dans tous les lagons, création d’un observatoire des concessions maritimes et surtout un contrôle strict de la production de perles. L’instauration par exemple d’un DAP (droit à produire) permettrait de fixer une quantité maximale de perles par hectare, un système de quotas jugé jusqu’à présent peu populaire en Polynésie française.
Il serait assorti de l’obligation pour le producteur de déposer l’ensemble de sa production au service de la Perliculture avant toute commercialisation, mais également de la mise en place de contrôles inopinés des stocks chez les différents opérateurs et d’une licence obligatoire d’importation de nuclei. Un groupe de recherche privé installé à Moorea, Océanis, travaille actuellement sur le marquage des nucléi à l’aide d’une barre de silicium, qui permettrait la traçabilité des perles et éviterait les fraudes. Pour être décrypté au rayon-X, ce marquage nécessiterait cependant des machines plus performantes que celles utilisées aujourd’hui au service de la Perliculture…

Greffeurs chinois : sans eux, point de salut ?
On estime qu’il y a en Polynésie française environ 400 greffeurs chinois, 100 greffeurs polynésiens et 50 greffeurs japonais. Les jeunes du Centre des Métiers de la Perle et de la Nacre, créé en 1988, sont pour certains démotivés par les perspectives qui s’offrent à eux. En effet, une fois formés à la greffe à l’issue des deux années, comment se faire une place alors qu’on leur préfère les greffeurs chinois, moins chers, et dont le quota vient de passer en septembre 2008, par arrêté au conseil des ministres, de 1 greffeur chinois pour 5 employés à 1 pour 3 employés ? « Les greffeurs chinois greffent plus vite, jusqu’à 700 nacres par jour, alors que les Polynésiens en greffent en moyenne 400. Mais les greffeurs chinois sont surtout performants pour les petites perles, or ce sont des grosses perles que l’on demande sur les marchés internationaux… » explique Fabien, stagiaire en première année au CMNP, qui poursuit en toute logique et avec beaucoup de bon sens : « Si l’on embauche plus de greffeurs locaux et moins de chinois, alors il y aura moins de perles sur le marché, elles seront plus rares, donc le prix moyen augmentera ! ». Cependant, malgré la crise, alors que la plupart des gros producteurs affirment ouvertement que sans les greffeurs chinois, ils auraient mis la clé sous la porte depuis longtemps, certains employeurs choisissent d’embaucher des greffeurs locaux. C’est le cas de Gauguin’s Pearl à Rangiroa qui, chaque année remplace un de ses greffeurs chinois par un jeune greffeur local. « Nous avons fait le pari des greffeurs locaux, jeunes et motivés qui sont plus aptes à écouter et à s’améliorer. »



Commercialisation : centraliser les achats

Un des symptômes de la commercialisation anarchique de nos perles est en effet la fraude. On estime que 20 % des perles exportées le sont sans déclaration (rapport de l’ISPF). Une fraude à grande échelle qui prend différentes formes : la commercialisation de perles volées aux fermes, sur les lignes de production notamment, la sortie de perles non déclarées à l’exportation, l’exportation clandestine de rebuts dans les sacs de nacres vers les pays asiatiques où elles sont « travaillées » puis vendues pour des perles de qualité et enfin la vente à la sauvette. A cet égard, depuis plusieurs mois, le contrôle X-Ray de l’aéroport n’est semble-t-il plus opérationnel, laissant la porte ouverte aux exportations sans déclaration. Interrogée sur cette suspension des contrôles, la direction du service des Douanes a répondu que les contrôles étaient désormais « aléatoires et dépendants des priorités fixées par les pouvoirs publics ». Le contrôle des perles à l’aéroport ne semblerait donc pas faire partie des priorités de ces derniers…
Accusée d’encourager la fraude, la taxe DSPE (Droit spécifique sur les perles exportées de 200 Fcfp par gramme) a été suspendue du 1er octobre à fin 2008. Cette mesure votée le 21 août à l’Assemblée de Polynésie française, n’a pourtant pas fait l’unanimité, soupçonnée de servir les intérêts de certains « gros » perliculteurs. Si les producteurs sont dans l’ensemble favorables à cette mesure, ils ont été pour le moins surpris par sa rapidité ! L’avenir de cette taxe n’est cependant pas encore défini : disparition, prolongation de la suspension, reprise... ? Le GIE Poe o Tahiti Nui propose quant à lui l’affectation de la DSPE à l’amélioration de la commercialisation avec la mise en place d’une centrale d’achat qui permettrait d’instaurer un barème de prix et de mettre à la disposition des acheteurs étrangers un interlocuteur unique. Le rapport du GIE Poe Rava Nui préconise pour sa part la création d’un cartel, l’OPEPT, « Organisation professionnelle des exportateurs de perles de Tahiti », qui régulerait la production de façon à assurer une mise sur le marché optimale et à maximiser les profits. Cette centralisation de l’offre quelle que soit sa forme semble la seule issue pour enfin structurer la commercialisation, avec la mise en place d’une cellule de tri et d’expertise « neutre » et d’un système de crédit-relais qui permettrait de payer au perliculteur 90 % de la valeur du lot de perles expertisées.

Certains perliculteurs souhaitent cependant conserver le choix de leur structure d’achat. Se pose également le problème de la segmentation de la perle de culture de Tahiti. La commission « commercialisation » recommande que certaines perles (semi-baroques, baroques, cerclées ABCD, rondes D et D) - pour lesquelles il existe également une demande - ne portent pas le label « Perle de culture de Tahiti » qui serait, lui, réservé aux rondes, semi-rondes, drop, ovale, boutons de catégories ABC, mais une autre appellation, telle que « perles des Mers du Sud » par exemple.

Promotion : réorganisation globale

La suspension du DSPE dont 40 % alimentait le GIE Perles de Tahiti, a remis en cause l’existence même de l’organisme de promotion créé en 1993. Amputé d’une grosse partie de ses sources de financement, le GIE Perles de Tahiti a été mis en liquidation judiciaire fin novembre 2008. Par le biais de la commission « promotion », les professionnels préconisent la définition d’une nouvelle stratégie de promotion, sans abandon de cette dernière mais avec un meilleur ciblage, notamment à travers une promotion dirigée vers le consommateur final, en complément des professionnels, en se focalisant sur les plus gros clients (Japon, Chine, États-Unis). Cette nouvelle « cellule promotion », dont la structure et les modalités de fonctionnement restent à définir, serait intégrée dans une promotion d’ensemble de tous les produits polynésiens (tourisme, perle, autres produits…).
Compte tenu de toutes ces plans d’action en projet et des efforts déployés en 2008, y a-t-il une perspective d’espoir en vue ? « Cela ne peut que remonter, nous sommes au plus bas et les producteurs se réveillent ! C’est la première fois que l’on entend les professionnels demander de l’aide à l’Etat.
Ils sont déterminés car ils n’ont plus rien à perdre ! » conclut la chef du service de la Perliculture. Ces mesures ne pourront cependant être efficaces qu’avec une application stricte et la sanction des contrevenants.

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