samedi 04 février 2012
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Microcrédit : un accompagnement social pour créer de l’emploi

Dixit 2009-2010
Il permet à ceux qui sont en situation de précarité ou difficiles de concrétiser leurs micro-projets favorisant ainsi l’insertion des personnes, la création d’activités et de richesses. Après les premières initiatives de microcrédits menées par la Socredo dès 1999, l’Adie, principal opérateur du secteur, vient de s’implanter en Polynésie et a commencé à monter ses premiers dossiers.

Dans la pratique, il existe des antécédents au microcrédit axé sur le prêt sur gage à taux faibles ou nuls en Europe dès la fi n du XIXe siècle. Mais il faut attendre le développement d’un système plus concret par le professeur Muhammad Yunus au Bangladesh au cours des trente dernières années pour en mesurer l’impact. Son initiative résulte d’un constat très clair : les plus pauvres n’ont pas accès aux banques et par conséquent au crédit, puisqu’ils ne peuvent pas offrir de garanties. Son approche consiste à prêter aux plus démunis de façon collective et solidaire. Le succès est immédiat, les taux de remboursement atteignent 97 % et le concept se développe très vite à l’international au travers d’associations, d’organisations non gouvernementales, de coopératives ou encore de mutuelles. Cette micro-fi nance apparaît même comme un levier novateur d’accompagnement social.

« Le principe du microcrédit est simple et universel : pour créer de la richesse, il faut à la fois du travail et du capital » Emmanuel Legras

Concrètement, le fondement du microcrédit est de proposer à un individu qui n’a pas accès aux prêts bancaires classiques, une somme modeste correspondant à son besoin immédiat, à son projet, réglables par petits remboursements sur une période courte. Le microcrédit a ainsi vocation à faciliter l’insertion des personnes. Au-delà du prêt, la spécifi cité de ce concept réside en un accompagnement des emprunteurs tout au long de la durée de l’accord. Outre l’aspect fi nancier, les microcrédits ont également un impact sur le développement local.
Ils concernent des secteurs aussi divers que l’agriculture, l’artisanat, le fi nancement de l’économie sociale et contribuent ainsi à travers le monde à l’amélioration de l’accès aux services sociaux de base, aux soins de santé, aux services de planifi cation familiale et à l’eau potable.
En 2006, Muhammad Yunus - considéré comme le créateur du microcrédit et de la Grameen Bank - a reçu le prix Nobel de la paix. « Une paix durable ne peut pas être obtenue sans qu’une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté », a déclaré à ce sujet Ole Danbolt Mjoes, le président du comité Nobel.
La Banque mondiale a depuis, dénombré 10 000 institutions de micro-fi nance dans 85 pays, concernant plus de 500 millions de personnes.

La France, précurseur du microcrédit

En Europe, la France a initié la mise en place de ce concept et est, à ce jour, le premier fournisseur de microcrédits. Principal opérateur : l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie), créée en 1989 par Maria Nowak en s’inspirant de l’expérience de la Grameen Bank et en l’adaptant aux conditions d’un pays industrialisé.

L’association a pour objet de :
• Financer les projets des créateurs d’entreprise qui n’ont pas accès au crédit bancaire et plus particulièrement les demandeurs d’emploi ou les personnes bénéfi ciant de minima sociaux,
• Accompagner les micro-entrepreneurs avant, pendant et après la création de leur entreprise pour en assurer la pérennité,
• Contribuer à l’amélioration de l’environnement institutionnel du microcrédit.

L’Adie peut financer tout type de besoin : matériel, véhicule, stock, marchandises, trésorerie…
L’association centre son analyse sur le porteur de projet. Elle s’appuie d’avantage sur les motivations et l’esprit de débrouillardise de la personne et le soutien que peut lui apporter son entourage pour libérer le droit à l’initiative économique.
L’objectif, dans un premier temps, est de tester l’activité : pour la plupart des publics très précarisés, l’activité indépendante est un moyen de subsistance, l’exercice de petites activités génératrices de revenu permettant de compléter le budget de la famille.
Lorsque le microcrédit est accordé, l’association accompagne les micro-entrepreneurs dans la gestion de leur projet et propose gracieusement des conseils, des services et des formations adaptés à leurs besoins afin de les aider à s’insérer durablement et à démarrer ou développer leur activité :
• Un « accompagnement pas à pas », individuel pour ceux qui en ont besoin,
• Des formations collectives sur des thématiques très concrètes : faire les bons choix au moment de l’immatriculation de l’entreprise, s’organiser, trouver des clients…
• Des conseils dans tous les domaines : juridique, administratif, gestion, marketing, communication et banque,
• Des services à forte valeur ajoutée et mise en relation de partenaires : expertcomptable, banques…

Le « crédit mama » en Polynésie française

En Polynésie française, les premiers microcrédits ont été réalisés à l’initiative de la banque Socredo, qui a mis en place à partir de 1999 un dispositif d’aide aux micro-projets pour des personnes peu familiarisées avec le système bancaire, le plus souvent résidant dans les îles. Les premières bénéfi-ciaires furent des femmes désirant développer une activité liée à l’artisanat, la couture ou la restauration, d’où le qualificatif donné de « crédit mama ».

Afin de promouvoir ce dispositif et en faire bénéficier le plus grand nombre, une convention de partenariat a été signée entre le Pays et la banque Socredo. Ainsi, des organismes instructeurs sont maintenant dédiés en fonction du secteur d’activité des porteurs de projet : le Service de la pêche, le Service du développement rural, le Service de la perliculture et la CCISM pour les autres secteurs.

Le dispositif est le suivant : un financement du projet jusqu’à 1 million de Fcfp au taux de 2,75 % sur une durée de 5 maximum. Les personnes éligibles ont des revenus pour le foyer inférieurs à 200 000 Fcfp par mois.

La banque Socredo est très attentive aux conditions d’octroi des microcrédits :
« Nous avons rôle de conseil auprès des personnes désirant développer un projet », explique Marie-Josée Brard, directrice des professionnels à l’agence Tiare de la Socredo. « Avec les organismes instructeurs, nous veillons à nous assurer de la qualité des dossiers, notamment leur viabilité économique et financière à moyen et long terme, afin de prévenir toute mauvaise issue pour les emprunteurs. »

Depuis juillet 2009, un nouveau partenaire, l’Adie, a fait son apparition en Polynésie française, seul territoire ultra-marin où elle ne proposait pas encore ses services.
« L’étude d’implantation que nous avons réalisée a montré un vrai potentiel de marché pour le microcrédit », explique Emmanuel Legras, directeur régional de l’Adie en Polynésie française. « En effet, la collectivité a une réelle dynamique de création d’activité, comptant 43 000 entreprises tous secteurs confondus (public, privé, associatif, agricole, artisanat…). Peu de ces entreprises, surtout les entreprises individuelles unipersonnelles, les TPE, ont recours à un soutien fi nancier pour leur démarrage auprès d’une banque classique. De plus, on dénombre aujourd’hui plus de 60 000 personnes inscrites au Régime de Solidarité de Polynésie française (RSPF). Ces personnes, qui souhaiteraient améliorer leurs conditions de vie et les revenus de la famille par la création d’une micro-entreprise, ne pourraient pas toutes être fi nancées par les banques. Il est donc nécessaire aujourd’hui de leur proposer des solutions de fi nancement et d’accompagnement. »

L’Adie s’adresse à toutes les personnes demandeuses d’emploi ou aux ressources précaires, bénéfi ciaires de minima sociaux qui ont un projet de création d’entreprise, ou sont déjà en activité, patentées ou en cours d’offi cialisation. Le montant du crédit alloué varie de 12 000 Fcfp à 700 000 Fcfp pour un taux d’intérêt de 9,71 % remboursable sur 30 mois maximum (voir détail en encadré).
Si la différence du taux de crédit peut apparaître de prime abord comme un argument concurrentiel entre les deux structures, plusieurs données nuancent cette vision :
« Le taux d’intérêt correspond à la rémunération du risque que prend l’organisme prêteur lorsqu’il octroie un crédit », poursuit Marie-Josée Brard. « L’Adie intervient sur des dossiers a priori plus risqués donc les taux d’intérêt pratiqués sont plus élevés. D’autre part, les dispositifs sont différents en termes de montant emprunté et de durée de remboursement. L’Adie et la Banque Socredo présentent des offres de fi nancement qui sont complémentaires et non concurrentes. L’enjeu pour les deux organismes est de permettre l’accès au crédit à un maximum de personnes pour le démarrage de leur activité ».
Le public n’est en effet pas identique, les besoins non plus : « Nous sommes sur une échelle encore inférieure à la Socredo, avec 30 % des demandeurs qui savent à peine lire et écrire », précise Emmanuel Legras. « Et avec une dimension sociale très forte - ce qui n’est pas le travail d’une banque : nous pouvons prêter des toutes petites sommes (dès 12 000 Fcfp) par exemple à un vendeur de mape, même non-patenté mais avec un objectif clair de régularisation, et mettons en place un accompagnement important en termes de gestion, d’administration… Nous sommes à mi-chemin entre le banquier et le travailleur social, avec l’objectif de voir le bénéfi ciaire du microcrédit se réinsérer dans le circuit bancaire classique ».

Comme à la Socredo, le financement octroyé tiendra compte des besoins du client, mais il sera toujours adapté à la capacité de remboursement de la personne, pour éviter toute situation de surendettement. « De plus, nous souhaitons simplifi er au maximum les démarches, c’est pourquoi nos décisions se basent principalement sur la confi ance que nous avons dans le porteur de projet, et peu de documents sont nécessaires (pièce d’identité, justificatif de domicile, 3 derniers mois de relevés de compte et 1 RIB) », poursuit Emmanuel Legras.
Dès le microcrédit versé, l’Adie proposera à ses clients la mise en place d’un accompagnement adapté à la création ou au développement de leur activité.

L’Adie a bénéficié d’un fort soutien local pour son implantation. Le financement de l’action menée par l’association est en effet assuré grâce à la solidarité des partenaires :
• Un financement conjoint par le gouvernement de Polynésie française via le ministère de la solidarité, l’Etat à travers le syndicat mixte en charge du Contrat Urbain de Cohésion Sociale (CUCS), le Haut-Commissariat et la Caisse des Dépôts,
• Des ressources de crédit apportées par les banques locales, Socredo et Banque de Polynésie,
• Enfi n, l’Agence française de développement (AFD) qui permet d’emprunter aux banques pour prêter aux porteurs de projet grâce à un fonds de garantie qu’elle a accordé à l’Adie, spécifi quement pour la Polynésie française.
« Je tiens de plus à souligner le soutien de la Mairie de Papeete qui a mis à notre disposition un local au sein de la Maison de Quartier de Pinai, à Tipaerui, sans quoi nous n’aurions pu démarrer notre activité », poursuit le directeur régional de l’Adie.
Si pour l’heure, l’association a démarré ses activités sur Tahiti et Moorea, elle a vocation à intervenir sur l’ensemble du territoire polynésien. « En effet, la dynamique entrepreneuriale concerne l’ensemble des archipels, même si, bien sûr, chacun présente des spécificités et des activités économiques différentes », conclut Emmanuel Legras.
« Dès le début de l’année 2010, nous déploierons notre activité dans les Îles Sous le Vent et enfi n, avant la fi n de l’année 2010, nous espérons être en mesure de proposer ces services sur les autres archipels (Australes, Tuamotu et Marquises). »
Karine Le Flanchec et Sylvie Jullien-Para



 

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