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Institutions de Polynésie française
Un certain 29 juin...Dixit 2008-2009
La place de l'autonomie À la question posée : « Quel sens donner à la fête du 29 juin ? » bien des jeunes Polynésiens répondent : « C’est un jour férié, mais cette année cela tombe un dimanche ! » Pour les autonomistes, il s’agit de fêter le droit reconnu aux Polynésiens de s’administrer librement et démocratiquement. Une lecture attentive et dépassionnée des travaux des historiens permet de donner plus de profondeur à une analyse de faits anciens mais qui continuent à peser sur notre présent et sur notre futur.
Le symbole le plus fort de l’autonomie c’est la reconnaissance du drapeau polynésien. Ce drapeau qui est désormais levé sur tous les bâtiments publics de Polynésie, leur avait été retiré le 29 juin 1880. L’abdication du roi Pomare VBien que l’acte officiel intervenu le 29 juin 1880, soit une « donation à la France, de ses états », le roi signe en présence de vingt chefs de Tahiti, un acte d’abdication par lequel il déclare « remettre complètement et pour toujours entre les mains de la France le gouvernement et l’administration de nos États, comme aussi tous nos droits et pouvoirs sur les Iles de la Société et dépendances ».
Le roi Pomare V Les discussions préalables entre le roi et les représentants de la France, semblent bien porter davantage sur la préservation des intérêts du roi et de ses proches. Le roi conservera une série de prérogatives dont celle de conserver l’emploi du drapeau tahitien qui flottera sur sa résidence jusqu’à son décès le 12 juin 1891. La France lui accordera une rente annuelle de 60 000 Fr or, soit le plus haut revenu du pays. Plusieurs membres de sa famille et ses proches seront également appointés par la IIIe République. Une analyse rapide des faits pourrait conduire à considérer que le roi ne s’est avant tout inquiété que de son propre sort. Les medias de Tahiti viennent encore de publier des écrits peu élogieux à l’adresse de la conduite du roi Pomare V. Une lecture attentive et dépassionnée des travaux des historiens permet de donner plus de profondeur à une analyse de faits anciens mais qui continuent à peser sur notre présent et sur notre futur. Comme le rappelle Jean Marc Régnault en citant l’historien Alphonse Dupront : « L’Histoire possède à un degré éminent une vertu de thérapie, thérapie de la présence du passé dans notre présent ». La décision contrainte du roi Plusieurs facteurs permettent de comprendre la décision contrainte du roi. Ces facteurs sont à la fois d’ordre familial et d’ordre politique.Au plan familial, le roi se trouve sans héritier accepté. Marié selon la volonté de sa mère la reine Pomare IV à la princesse Marau, il refuse de reconnaître à l’enfant de celle-ci le droit d’hériter de la couronne. Dans une lettre du 4 avril 1879, adressée au gouverneur, au sujet de l’acte de naissance de l’enfant de la reine Marau, le roi déclare ceci : « Je vous fais savoir que je ne dresserai pas cet acte parce que cet enfant n’est pas de moi. Et je vous fait savoir qu’il ne me convient pas que cet enfant me succède dans mes biens, dans mes terres et dans mon titre. J’ai dit. » Il est dans l’impossibilité de faire admettre le prince Teriitapunui comme son successeur. Sa crainte est de voir la couronne de Tahiti revenir à la famille de son épouse, descendante du clan des Teva de Papara. Il s’agit en fait du clan des Salmon qui commencent à connaître d’importants revers de fortune. Le roi apparaît comme un homme isolé et en conflit avec une partie de sa famille guidée par d’éminentes personnalités comme les Salmon et les Brander. Il n’est pas inutile cependant de souligner le fait que le roi aura jusqu’à sa mort l’assistance efficace de son épouse la reine Marau. Le peintre Paul Gauguin notera le grand soin qu’elle saura porter au bon déroulement des obsèques du roi. Devenu roi à la mort de sa mère Pomare IV en septembre 1877, il aura régné moins de trois ans. Il est important de retenir le fait que jusqu’à sa fin ses sujets lui témoigneront affection et respect. Le jour de ses obsèques apparaît dans l’imaginaire populaire comme la fin définitive du royaume. Ce jour-là le drapeau tahitien, lors d’une cérémonie conduite par un détachement militaire, est descendu et n’aura plus droit de cité avant le statut d’autonomie de 1984. Pourtant la fin du royaume, comme nous allons le voir, était annoncée bien avant le 29 juin 1880. ABSTRACT : LE 29 JUIN EST LA DATE RETENUE, À L’INITIATIVE DU PRÉSIDENT FLOSSE, POUR FÊTER L’AUTONOMIE ACCORDÉE EN 1984 À LA POLYNÉSIE FRANÇAISE. POUR LES AUTONOMISTES, CETTE DATE EST, À L’ÉVIDENCE, UN JOUR DE FÊTE. POUR LES PARTISANS DE L’INDÉPENDANCE, ELLE EST LA DATE COMMÉ- MORATIVE DE LA PERTE DE LA SOUVERAINETÉ DES POLYNÉSIENS, À L’ÉVIDENCE, UN JOUR DE DEUIL. MAIS AU-DELÀ DE CETTE OPPOSITION POLITIQUE, QU’EN EST-IL EXACTEMENT ? CE 29 JUIN 1880 À TAHITI EST UN MOMENT MAJEUR DE L’HISTOIRE POLYNÉSIENNE POUR TROIS RAISONS : L’ABDICATION DU ROI POMARE V ; LA FIN DU PROTECTORAT MIS EN PLACE PAR LA FRANCE EN 1843 ET L’ENGAGEMENT D’UN PROCESSUS D’ANNEXION QUI S’ACHÈVERA EN 1898.
Dès l’année 1879 « la messe est dite »Au plan politique, le roi ne dispose d’aucune prérogative réelle. En 1879, le ministre donne au capitaine de vaisseau Planche qui fait office de gouverneur, l’instruction suivante : « Comme commissaire de la République, représentant du Protectorat, votre action doit s’exercer directement sur le roi, dont vous devez faire respecter les prérogatives, qui sont d’ailleurs aujourd’hui de pure forme, puisqu’ avec le soin des relations étrangères, nous avons successivement assuré l’administration indigène, l’administration de la Justice, et celle des finances du pays… Il ne reste plus de l’ancienne autonomie que le budget indigène dont la préparation vous incombe et qui a principalement en vue le paiement de la liste civile du roi et les indemnités attribuées aux chefs de district ». Dès l’année 1879, « la messe est dite ». La situation du royaume tient à l’exercice de toutes les prérogatives du roi par le gouverneur. Le roi et les chefs sont des pensionnés et émargent au budget indigène. Mais le gouverneur Planche a pour mission soit d’annexer Tahiti, soit de pourvoir au remplacement du roi qui avait une très mauvaise réputation. Toutefois il semble mal préparé à sa mission. Dans une lettre du 12 décembre 1879, il écrit ceci : « Le consentement du roi à Tahiti est la clef de tout, c’est lui qui doit entraîner tout le reste. » Il ajoute se heurter au mauvais vouloir du roi qui « ne veut pas changer de pavillon parce que si le pavillon français seul flottait sur les îles, la France s’emparerait de tout ». Le ministère de la Marine décide de remplacer Planche par Chesse, chef de bureau au ministère. Celui-ci arrive à Tahiti au début de 1880. Il se heurte également au mauvais vouloir du roi qui se retranche derrière un accord des principaux chefs de Tahiti. Il écrit dans une lettre du 12 mars 1880 « Quand le roi a été saisi pour la première fois de la demande, il n’a pensé qu’à une chose ; c’est qu’on en voulait à sa situation, à ses terres d’apanage, à ses chefferies ». Mais Chesse tire avantage de la récente décision d’autoriser la création d’un synode pour l’Eglise protestante. Les pasteurs jusque-là hostiles à l’annexion conseillent aux chefs de l’accepter. L’abdication du roi Pomare V confirme la prééminence du clan profrançais et écarte les menaces d’indépendance du clan anglo-saxon et protestant représenté par la famille Salmon et apparentés. L’abdication met fin également au protectorat et à un système politique bicéphale. L’autorité relève d’une seule personne, le gouverneur.Celuici ne sera plus un militaire mais un civil. La fin du protectorat
Portrait de la reine Le 29 juin 1880 marque la fin d’un régime de protectorat qui avait la double particularité de n’avoir été ni demandé par la reine Pomare IV ni appliqué par la France. Le fait est que le royaume de Tahiti s’est trouvé dans la nécessité de rechercher la protection d’une grande puissance bien avant le règne de Pomare IV. En effet, c’est le jeune roi Pomare III qui, le premier, sollicitera une telle protection en faisant la demande auprès de la couronne d’Angleterre.Au nom du roi Georges IV le premier ministre Georges Canning répondra le 3 mars 1827 en écrivant ceci : « …Sa Majesté éprouve toute disposition de répondre à votre requête dans la mesure où Sa Majesté peut le faire de façon appropriée. Elle regrette que conformément à l’usage établi entre les nations de l’Europe, il soit impropre d’accorder la permission que vous sollicitez d’utiliser le pavillon britannique. Sa Majesté me commande de vous dire que « Elle sera heureuse de vous accorder à vous-même et à vos possessions toute la protection que Sa Majesté peut accorder à une puissance amie à une distance aussi éloigné de ses propres royaumes ». La reine Pomare IV, suite au coup de force en août 1838, du capitaine de vaisseau A. Du Petit-Thouart, adressera également à la jeune Victoria, nouvellement couronnée reine d’Angleterre, une demande de protection ainsi formulée : « Tendez votre puissante main, prenez-nous sous votre protection, couvrez-nous de votre drapeau et défendez-nous de votre lion ; fixez les formes par lesquelles nous pourrons nous mettre à l’abri de votre aile ». Cette demande ne connut pas réponse. Et c’est une reine sans défense qui devra en septembre 1842 affronter à nouveau Du Petit-Thouart venu exiger le respect des engagements pris par elle. Pour appuyer sa demande d’indemnisation, il met sa frégate La Reine Blanche en état de combattre : sabords ouverts et canons démasqués. Le 9 septembre 1842 une demande de protectorat est signée de la reine et des principaux chefs. En conclusion, ne peut-on rapprocher la recherche d’une autonomie renforcée, non pas à une revendication d’indépendance, mais à une sorte de réinstauration d’un protectorat authentique assortie des conditions posées par la reine Pomare IV : C’est selon ces conditions qu’est demandée la protection du roi des Français « laissant entre ses mains… la direction des affaires avec les gouvernements étrangers, les règlements de port… ». Mais audelà d’un devoir de mémoire qui ne saurait conduire à s’enfermer dans un culte du passé, la question du présent peut tenir à la force des symboles. Et à ce titre, la question est de savoir dans quelle mesure la date du 29 juin n’a pas permis aux tenants de l’autonomie de se saisir d’un symbole fort de la présence française qui est le 14 juillet. Comme le soulignait le politologue Semir Al wardi, « la fête du tiurai célébrée avec faste jusque là a totalement disparu depuis l’ouverture le 29 juin du désormais Heiva ».
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